Boutique de la Statue Religieuse Chrétienne

LA BOUTIQUE DE LA STATUE RELIGIEUSE CHRÉTIENNE

La Croyance à la Translation du Corps de Saint Benoît

La croyance à la Translation de Saint Benoît

Nous venons de le démontrer d'une manière surabondante; à la fin du VIIIe siècle, dans tout le monde latin, même au Mont-Cassin, on croyait à l'authenticité de la translation à Fleury, non pas d'une relique quelconque, mais du corps entier,ou quasi entier de saint Benoît; et cette conviction a persisté, sans contestation sérieuse, dans toutes les Églises de la chrétienté occidentale. L'argument liturgique suffirait assurément à lui seul. Néanmoins, il ne sera pas inutile, de le confirmer par les autres graves témoignages que nous a transmis l'histoire.

Nous nous garderons d'alléguer en notre faveur la bulle du pape Grégoire IV, publiée par Baluze (1), d'après une copie transmise par le P. Sirmond. Cette pièce, tout au moins interpolée (2), est un exemple que nous pourrons apporter plus tard, lorsque nous serons obligés de battre en brèche l'authenticité de certaines parties du Bullaire du Mont-Cassin.

Il n'en est pas de même de la bulle du pape Jean VIII, datée du 5 septembre 878 (3), dont les Bénédictins ont fait ressortir, avec raison, l'importance (4). Le Souverain Pontife, pendant l'une des sessions du concile de Troyes, fut prié par l'abbé Théodebert de vouloir bien protéger son monastère contre les envahisseurs laïques et ecclésiastiques dont il était menacé. Or, parmi les considérants consignés dans la lettre pontificale donnant satisfaction à ces réclamations, on lit ce qui suit (5) : «Attendu que, par suite d'une révélation divine, le corps de saint Benoît

 

(1) Baluz. Miscellanea, edit. Lucae, t. III, p. d.- Catena Floriacensis, p. 63.

(2) Les auteurs du Gallia Christiana, t. VIII, col. 1543, la suppose authentique; mais Jaffé (Regesta Pontific. Roman., p. 944) l'a reléguée, avec raison selon nous parmi les apocryphes. Du moins, si Grégoire IV a accordé un privilège à Fleury, en 834, ce qui est probable, il ne l'a pas fait dans les termes consignés dans cette pièce. C'est un document refait après coup, mais sur des données certainement historiques.

(3) Jaffé, loc. cit., p. 275.- D. Bouquet, t. IX, p. 172-488.- Catena Floriacensis, p. 63.

(4) D. Bouq., t. IX, p. 172. - not. Mabillon. Act. SS. O.S.B., saec. n, De Transl. S. Benedicti, n° 13.

(5) D. Bouq. lot. cit. : « Quod revelatione divina per monachos ejus loci a Beneventana provincia corpus illuc S. Benedicti pervenerit, olim allatum, ibique reverenter humatum, sicut manifestissima constat veritate. »

 

 

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fut apporté jadis de la province de Bénévent dans ce monastère, où il frit respectueusement déposé dans un sépulcre, comme cela est constaté jusqu'à l'évidence (sicut manifestissima constat veritate), etc. » Sans doute, cette donnée historique a été fournie par Théodebert; mais il n'en est pas moins vrai, dirons-nous avec Mabillon, que le Pape, en l'insérant dans son diplôme, atteste tout au moins qu'elle était généralement acceptée en France comme authentique, et, en ce sens, il lui appose la haute sanction de son autorité.

Jean VIII vient de nous apprendre que les reliques de saint Benoît étaient déposées dans un sépulcre (ibique reverenter humatum). Cela seul démontre que les moines de Fleury ne possédaient pas seulement quelques ossements, mais bien la plus grande partie, sinon la totalité, du corps du saint patriarche. On ne dépose pas une simple relique dans un sépulcre.

La vérité de cette observation est confirmée par un fait que raconte Adrevald. Parlant des dévastations normandes en 853 et 865, il nous apprend (1) que l'abbé Bernard avait tiré le corps de saint Benoît du sépulcre où il avait été déposé depuis la translation, et l'avait placé dans un sarcophage reliquaire facile à porter, afin de le soustraire, à la première alerte, à la profanation des pirates.

C'était, en, effet, un usage constant à cette époque de placer ainsi les corps saints dans des sarcophages en pierre ou en métal, que les moines fugitifs portaient sur leurs épaules (2). Dans la crypte de l'antique abbaye de Saint-Savin en Poitou, on conserve encore un reliquaire en pierre entouré d'une double chaîne, et qui a servi à la translation du corps de saint Marin.

La présence, du corps de saint Benoît à Fleury excitait naturellement la dévotion des fidèles envers un lieu si vénérable. On signale, entre autres (3), la généreuse donation du noble et riche comte

 

(1) Adrevald. Miracula S. Benedicti, lib. I, cap. XXXIV : « Aberat jam tunc corpus sacratissimum confessoris Christi Benedicti ; siquidem prima vastatione praefatae urbis (Aurelianae), curant hujus sacri loci agente Bernardo, levatum a luco sepulchri sanctissimum corpus in scrinio cum honore congruo collocatum, qualiter quocumque fugiendi impelleret necessitas, a fratribus deterri posset.... Quo etiam in loco corpus beatissimi Benedicti, in loculo adhuc gestatorio positum. »

(2, Bolland. Act. SS. t. IV. August. Translat. S. Filiberti, n° 6, p. 82 : « Statim ut scalam in qua eum sacratissimo pignore sepulcrum positum erat. » Ibid. t. X octob. P. 768 de S. Senoch.

(3) Aimoini, Miracula S. Benedicti, lib. III, cap. XV, edit. Certain.- Mabillon Annal. bened., lib. XXXVII, an. 876, n° 81.- Catena Floriacensis, p. III. La date de ce document est faussement attribuée à l'année 840 dans ce dernier ouvrage. C'est sans doute une simple faute typographique.

 

 

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Échard, en 876. De concert, avec sa femme Richilde, il fit don notamment de sa villa Patriciacus (Pressy) au monastère de Fleury, dédié, dit-il, à Notre-Dame, à saint Pierre, et à saint Benoît, dont le corps, qui y repose, est justement vénéré. Son but était de procurer aux moines de Fleury un asile assuré contre les incursions des barbares. Il signa l'acte de donation dans l'église même de Fleury, entre l'autel majeur et le corps du bienheureux Père Benoît (1). Les moines de Fleury, après la mort d'Échard, fondèrent à Pressy un monastère sous le patronage de la Sainte Vierge et de saint Benoît (2), et l'enrichirent de reliques insignes du saint patriarche : nouvelle preuve que le corps, et non une portion quelconque, de ce grand saint était conservé dans leur abbaye. On n'enlève pas d'un dépôt composé seulement de quelques ossements, des reliques relativement considérables.

Avant de quitter le IXe siècle, nos lecteurs ne doivent pas oublier les nombreuses et importantes citations se rapportant à cette époque, que nous avons précédemment produites. Nous ne parlons que des documents qui n'ont aucun rapport avec la liturgie.

Après les, alertes, les ruines et les incendies (3), les religieux de Fleury purent enfin, vers l'an 899 (4), reconstruire en toute sécurité leur monastère détruit; et, en 900, le roi Charles le Simple vint en personne les consoler et les encourager, en confirmant solennellement (5) les privilèges jusqu'alors octroyés par ses prédécesseurs Louis le Débonnaire et Charles le Chauve (6), et par le pape Jean VIII.

A partir de ce moment les fidèles ne cessèrent plus d'entourer

 

(1) Catena Floriacensis, p. 111-112. Mabillon, loc. cit. : « Ubi ipse sanctus Benedictus debito quiescil honore... ad confugium supradictorum monachorum faciendum causa insequentium paganorum... inter majus altare et sacratissimum patris Benedicti corpus. » Douze ans après, en 898, son neveu Wineterius fait aussi des dons à Fleury quo corpus ejusdem reverendi Patris requiescit (Mabillon. loc. cit., XL, 21 ; Catena Floriac. p. 113). Dans le même ouvrage, p. 115, 117, 119, on lit dans les différentes chartes du Xe siècle la même formule.

(2) Aimoin. loc. cit.: « In memorata possessione fratres habitationem sibi statuerunt, in qua etiam, delatis a Floriaco sancti Patris Benedicti reliquiis ecclesia in honore Dei ac gloriosae Virginis Mariae simulque egregii ipsius confessoris Benedicti constructa est, quam Christus Dominus saepissime miraculis illustrem reddidit. »

(3) Mabillon, Annal. bened. XXXVI, an. 865, n° 33; XXXVIII,9-11, an. 878.

(4) Mabillon, loc. cit., XXXVIII, 12.

(5) D. Bouquet, IX, 488.

(6) Ce diplômé de Charles le Chauve, cité par Charles le Simple, a été publié par D. Bouquet, VIII, 544.

 

 

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de leur vénération ce lieu sanctifié par la présence du saint patriarche des moines d'Occident. Les princes (1), les saints, les évêques se firent à l'envi un devoir,d'y venir implorer sa puissante protection, et Dieu se plaisait à confirmer leur foi par des miracles aussi éclatants qu'innombrables. Les Normands eux-mêmes apprirent à respecter ce sanctuaire rempli de la gloire de Dieu (2).

Cependant la vie religieuse avait souffert à Fleury pendant ces quarante ans de vie errante à travers les plaines de l'Orléanais et de la Bourgogne. Saint-Benoît ne voulut pas que son corps restât plus longtemps confié à des mains impures. Il chargea saint Odon, abbé de Cluny, de cette oeuvre difficile et délicate de restauration monastique. Qui ne tonnait l'immense autorité de saint Odon sur ses contemporains, les admirables réformes qu'il exécuta dans la plupart des monastères de France et d'Italie, notamment à Saint-Paul de Rome? Intimement lié avec les moines du Mont-Cassin, on ne peut pas dire qu'il ne connaissait pas les arguments que pouvaient faire valoir ces derniers contre la tradition française. Or,non seulement il prêcha à Fleury le fameux panégyrique de saint Benoît (3), dans lequel il attestait si hautement la translation du corps du saint patriarche dans cette abbaye (4); mais

 

(1) Hugues Capet, en mourant, recommandait avant tout à son fils le roi Robert de protéger spécialement l'abbaye de Saint-Benoît (D. Bouquet, X, 105 : Patrol. lat. t. CXLI, col. 918). Le jeune prince fut fidèle à la recommandation paternelle (D. B. X, 105, 112, 550 not. a. 561.- Patrol. loc. cit., col. 919, 928). De nombreux prélats assistaient aux fêtes de saint Benoît, comme on le voit par le sermon de S. Odon, et par la vie de saint Abbon (D. B. X, 340), etc.

(2) Mabillon, Annal. bened., XLI, 57, 64. Aimoin, loc. cit., lib. II, 2, edit. Certain, p.98 : « Adeo denique haec ultio Northmannicam in posterum perterrefecit temeritatem, ut prae caeteris Galliae sanctis beatissimum revereantur patrem nostrum Benedictum. Dudo. De Gestis Normanniae ducum, lib. II, Rollo, apud Patrol lat. t. CXLI, col. 644 : « Videns Rollo monasterium Sancti Benedicti, illud contaminare noluit, nec praedari illam provinciam propter sanctum Benedictum permisit. »

(5) Ce sermon, publié par D. Mabillon (Act. SS. O. S. B. saec. II) est l'un des documents les plus authentiques du Xe siècle. Outre qu'il se rencontre dans plusieurs manuscrits de cette époque, il est cité par Aimoin, qui écrivait en 1015 (Certain, Miracul. S. Benedicti, lib. II, c. IV, p. 101 : « Ipse tamen (Odo) eo sermone quem in ejusdem Patris lande ac honore facundissima dictavit eloquentia, memorat eumdem coenobitarum legislatorem suis temporibus multis miraculorum radiasse signis. »

(4) Mabillon, loc. cit. nis 1, 2 : « Inde est quod in bac solemnitate et in aliis sancto nomini ejus dicatis, quoties in anno suis temporibus eveniunt tam devote tamque libenter et ex tantis partibus AD EJUS SACROSANCTUM TUMULIUM tanti Patris accurrunt... de sancta videlicet illius Translatione necnon et Tumulatione, quae sic divinitus esse disposita multa signorum sunt documenta. Quo in loco tanta, tam mira miracula et in scriptis referuntur gesta, et sub oculis patrata dignoscuntur ; n° 8 : « O quanta sunt etiam in remotissimis trans maria regionibus qui tantopere gauderent si eis vel semel ad ejus sacrum corpus accedendi possibilitas esset : unde considerandum est quid nobis a Deo douptum sit. »

 

 

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encore il composa lui-même un ouvrage, malheureusement perdu, sur le même sujet (1). C'est à son disciple bien-aimé Jean, son biographe, que nous devons cette donnée bibliographique. La perte de ce document précieux est d'autant plus regrettable, qu'il aurait peut-être rectifié Adrevald sur plusieurs points importants.

Quant au moine Jean, il mérite lui-même une mention spéciale. Né probablement à Rome (2), où il fut pourvu d'un canonicat (3), il y rencontra saint Odon (4), qui y était venu pour les intérêts de l'Église universelle. Touché des vertus du saint abbé de Cluny, il s'attacha à lui, comme un fils à son père, reçut de lui l'habit monastique à Pavie, et mérita d'être chargé, en qualité de prieur (5), de poursuivre l'oeuvre de la réforme à Saint-Paul de Rome (6) et à Naples (7), sous la haute direction du saint abbé dont il était devenu le compagnon inséparable (8), l'enfant de prédilection (9). Son noviciat était à peine achevé à Cluny (10), lorsqu'il fut ramené par saint Odon en Italie, où il semble avoir passé le reste de ses jours. On voit par sa biographie du saint réformateur que toutes ses relations étaient italiennes. L'abbé de Saint-Paul de Rome, Baudouin, qui devint plus tard abbé du Mont-Cassin, fut également l'un de ses amis (11). Au moment où il écrivait son livre (12), sa vie s'était presque entièrement écoulée sous l'influence des idées cassinésiennes. Et cependant il ne paraît pas même soupçonner qu'on pût revoquer en doute la réalité de la

 

(1) Joannis monach. Vita S. Odonis abbatis, lib. III, n° 11, apud Mabillon Act. SS. O.S.B. saec. V : « Haec miraculum ipse Pater noster (Odo) in libro quem de adventu corporis sancti Benedicti in Aurelianensi perspicatissime edidit. »

(2) Vita S. Odonis, lib. I, no 4.

(3) Ibidem, n« 4.

(4) Loc. cit.: « Anno Itaque dominice Incarnationis nongentestmo tricesimo nono... Romam venions (Odo), me miserum terrenis irretitum nexibus reperit miseransque suo rete piscatus est, atque caenobium sancti Petri Ticini positus usque perduxit. »

(5) Vita S. Odonis, 11, 10.

(6) Vita S. Odonis, 11, 6, 10.

(7) S. Odon étant mort en 942, et Jean, qui ne l'avait connu qu'en 939, étant revenu avec lui en Italie en 940, il reste à peine un an pour le séjour de ce dernier à Cluny. (Vita S. Odonis, II, 6).

(8) Ibid., II, 21.

(9) Ibid., II, 6, 7, 8.

(10) Ibid., III, 6.

(11) Ibid., II, 15, 16, 21 ; III, 7.

(12) Ibid., I, 27. Il l'écrivit aussitôt après la mort du saint, puisque un fait qui s'est passé en 976 est dit ante hoc fere quinquennium. » C'est le sentiment de Mabillon loc. cit. : Elogium S. Odonis, 38 : « Scribebat auteur Joannes statim post mortem Odonis, quae sub finem anni 942 contigit. »

 

 

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translation de saint Benoît en France. Il en parle comme d'un fait constant : « Une autre fois, dit-il, comme le jour de la fête de saint Benoît approchait, il plut à notre Père (Odon) de se rendre au susdit monastère (de Fleury), pour y célébrer avec plus de dévotion les saintes veilles DEVANT LE CORPS du bienheureux patriarche : ce qu'il fit en effet. » Il ajoute qu'il avait appris cette particularité de la bouche même de saint Odon : ce qui en augmentait, à ses yeux, la valeur et la certitude.

Ni les moines de Salerne, à qui ce récit est dédié (2), ni les religieux de Saint-Paul de Rome, sous les yeux desquels, ce semble, l'auteur écrivait, ni ceux du Mont-Cassin avec lesquels il. était en relation directe, ne songeaient donc encore à contester la translation de saint Benoît en France.

Dès lors, il n'est pas étonnant de voir le même fait attesté dans les bulles du pape Léon VII, bien qu'il fût Romain de naissance (3), et qu'il eût vécu de la vie monastique (4), probablement dans quelque monastère de la Ville éternelle. Pendant son séjour à Rome,saint Odon obtint de ce pontife un double privilège en faveur de son abbaye de Fleury, qu'il venait de réformer avec tant de succès. Or dans l'un et dans l'autre Léon VII affirmait la présence du corps de saint Benoît dans cette abbaye (5).

 

(1) Vita S. Odonis, lib. III, n° 11 : « Alio item tempore, appropinquabat dies festus beati Benedicli, complacuit Patri nostro ex quodam monasterio quo tunc erat, ad praelictum (S. Benedicti) proticisci coenobium, quatenus ante corpus beati viri nocturnas devote excubias celebraret: quod et fecit. » Il venait de raconter comment saint Odon avait établi la réforme dans l'abbaye de Fleury. Il avait commencé son récit par ces paroles (n. 7). « Nam et similiter fient cura esset Franciae apud beatum Benedictum : cujus rei rationem tanto securius proferimus, quanto ex ea fideliorem testem eumdem Patrem habemus. »

(2) Prolog. Vitae S. Odonis, n° 1.

(3) Boliand., Propylaeum Maii, p. 160 : « Leo natione Romanus. »

(4) Il était certainement moine bénédictin lorsqu'il fut élevé sur le trône pontifical. Flodoard. (Chron. ad an. 935, apud Patrol. lat., t. CXXXV, col 449) l'appelle Dei servus, et lui-même dans deux de ses bulles citées plus bas donne à saint. Benoît le nom de domnus NOSTER Benedictus beatissimus Pater (D. Bouq. t. IX, p. 222.)

(5) Patrol. lat. t. CXXXII, col. 1075-1078.- Mabillon. Act. SS. O.S.B. saec. v. Append. et Annal. bened. XLIII, 90, an. 938. D. Bouquet, t. IX, p. 220-222 : « Leo episcopus servus servorum Dei, Odoni religioso abbati. Venerabilis monasterii sancti Benedicti, qui et Floriacensis, in quo ipse quiescit in corpore. » Ce préambule, appartenant en propre à la chancellerie romaine, prouve qu'on y croyait alors que le corps de saint Benoît était à Fleury. Le pape se réjouit de l'introduction de la réforme dans ce vénérable monastère, et il conclut : « Spes nobis inest, quia, si in illo coenobio, quod quasi caput ac principium, observantia religiosa refloruerit, caetera circumquaque posita quasi membra, convalescent. » Dans la seconde bulle il dit : « Odo venerabilis abbas ex monasterio admodum reverendo, vocabulo Floriaco, quod est in honore sanctae Dei Genitricis Mariae et sancti Petri constructum, ubi requiescit egregius Pater domnus noster beatissimus Benedictus, decus videlicet et gemma monachorum. »

 

 

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Le célèbre Flodoard de Reims, l'un des plus exacts écrivains du Xe siècle (1), a voulu joindre sontémoignage à celui de Léon VII, qui l'avait comblé de bontés pendant le voyage qu'il fit, en 936, à Rome et en Italie (2). Dans l'intéressant poème qu'il composa à la suite de ce voyage (3) il ajouté à l'éloge de la vie de saint Benoît le récit abrégé de la translation de son corps en France (4). Évidemment, il n'y avait pas alors de doute à ce sujet. Le choix que saint Odon de Cantorbéry (5) et saint Oswald, son neveu (6), firent du monastère de Fleury pour y prendre l'habit monastique, vers la même époque, est une nouvelle preuve que les Anglais croyaient dès lors à l'authenticité de cette translation. Saint Oswald, de retour en Angleterre, conserva pour le monastère de Saint-Benoît le souvenir- le plus respectueux et le plus filial. Aussi, étant devenu archevêque d'York, s'empressa-t-il de prier l'abbé Oibolde de lui envoyer Abbon, déjà célèbre, pour y enseigner dans son abbaye de Ramsey la science des lettres et surtout de la sainteté monastique. C'était en 985.

Trois ans après, Abbon fut élu abbé de Fleury, qu'il devait illustrer par son profond savoir et ses éminentes vertus.

Il fut mêlé à tous les principaux évènements de son temps. Il joua notamment un rôle très important dans le concile de, Reims, réuni, en 995, pour Juger de l'intrusion du fameux Gerbert sur ce siège métropolitain. Le vénérable Léon, abbé du monastère des saints Boniface et Alexis à Rome, avait été envoyé comme légat par le pape Jean XV, pour présider cette assemblée; il se lia d'une étroite amitié avec l'abbé de Fleury, qui n'eut pas de peine à le convaincre de la présence du corps de saint Benoît

 

(1) D. Rivet, Hist. litt. de la France, t. VI, p. 313.

(2) Flodoard. Carmina, lib. XII, cap, VII, apud Patrol. lat., t. CXXXV, col. 832.

(3) D. Rivet, loc. cit., p. 320.

(4) Flodoard. loc. cit., lib. XIII, c. VIII, apud Patrol. lat. loc. cit., col. 843-844. Dans ce passage, il atteste que les reliques de sainte Scholastique opéraient également en France de nombreux miracles :

« Prodita resplendent Francis simul ossa sororis

Gallorum crebris orbes decorantis signis. »

Les ossements de sainte Scholastique avaient été en grande partie frauduleusement enlevés du Mans, par la connivence de l'évêque Robert, et sur les instances de la reine Richilde, femme de Charles le Chauve, qui les fit transporter dans l'abbaye de Savigny, au diocèse de Trèves, où elles sont encore, (Gallia christiana t. XIII, col. 615; Instrument. col. 311 ; t. XIV, col. 363.)

(5) Mabillon, Annal. bened. XLIV, 27.

(6), Mabillon, loc. cit. XLVI, 17, et Acta SS. O. S. B., saec, v. Vita. S. Oswaldi n° 2: Floriacum, ubi corpus sancti Benedicti requiescit, pergere decrevit, dit l'auteur de sa vie, qu'Eadmer a paraphrasée à la fin du XIe siècle (Cf. Patrol. lat. t. CLIX, col. 765).

 

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en France. En conséquence, le vénérable représentant du Saint-Siège conjura le saint abbé de Fleury de vouloir bien lui envoyer à Rome une relique insigne du saint législateur des moines d'Occident, lui promettant, en échange, des ossements du corps du martyr saint Boniface (1). Saint Abbon se rendit à Rome l'année suivante avec la pensée de faire l'échange sollicité; mais Jean XV venait de mourir,et l'abbé de Saint-Boniface était absent. Abbon revint en France avec les reliques promises. Mais, ayant appris l'heureuse élection de Grégoire V (avril 996) (2) et la salutaire influence, que l'abbé Léon exerçait sur le nouveau pontife, il s'empressa de lui envoyer les reliques de saint Benoît par quelques-uns de ses moines.

Cependant Grégoire V désirait ardemment lui-même connaître cet abbé de Fleury, dont l'abbé de Saint-Boniface parlait avec tant d'éloge. Cette joie ne se fit pas longtemps attendre. Dès l'année suivante, Abbon fut chargé d'une mission officielle auprès du Saint-Siège. Le Pape le retint des semaines entières près de sa personne. Dans le but de faire confirmer les privilèges concédés par les Souverains Pontifes à son abbaye, l'abbé de Fleury fut naturellement amené à parler du précieux trésor qu'elle possédait. Grégoire V en fut vivement frappé; et, non content de faire droit aux demandes de saint Abbon par des lettres malheureusement perdues (3), il le conjura, en outre, de lui envoyer une copie de la merveilleuse translation en France (4) ; et,comme gage de sa dévotion envers ce lieu vénéré, il demanda qu'on lui envoyât un missel écrit dans le monastère, afin qu'il pût continuellement être uni de prières au saint autel avec le bienheureux abbé et ses moines.

Au moment où le vénérable abbé de Saint-Boniface recevait la lettre de son saint ami de France, une grande joie régnait parmi

 

(1) S. Abbonis Epist. ad Leonem abbatem, apud Baluz. Miscellanea, édit. Mansi, t. II, p.114 et apud Mabillon. Annal. bened. t. IV append., n. XIII : « Pretiosiarum reliquiarum sancti Patris Benedicti insignia postulastis vobis dirigi, eo quod indubitatum penitus esset sanctisimum ipsius corporis praesentiam a nobis retineri, deoque velle enixius in honore illius oratorium construi ; itemque nobis de sancto Bonifacio, aut de sacris artubus caeterorum sanctorum nobis eadem recompensari. »

(2) Jaffé, Regesta, p. 339.

(3) Aimoin les mentionne dans sa vie de S. Abbon. (Patrol. lat. t. CXXXIX, col. 402).

(4) D. Bouquet, X, 437; Patrol. lat. loc. cit. col. 422 : « Denique qualiter monachorum legislatoris Benedicti corpus in Galliam translatum sit, quaeve in Cisalpinis partibus historialiter gesta habeantur requisistis; cui, postquam historiam patefecit eam, ut jussistis, Transalpinis legendam dirigere non distuli. »

 

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ses moines. Le grand apôtre des Slaves, saint Adalbert, venait pour la seconde fois (1) chercher dans la. solitude du cloître la paix que lui refusaient ses indociles enfants de la ville de Prague, en Bohème.. Mais. cette joie fut de courte durée. Le saint évêque fut bientôt contraint de reprendre le chemin de l'Allemagne.

Toutefois, il ne voulut pas retourner à son poste avant d'avoir visité en pèlerin les principaux sanctuaires alors vénérés en France. Saint-Denis de Paris, Saint-Martin de Tours, Saint-Maur sur Loire et surtout Fleury, le virent successivement prosterné comme un simple pèlerin (2). Ce voyage à Fleury dit assez par lui-même que le grand apôtre des Slaves, des Polonais et des Hongrois croyait fermement à la présence du corps de saint Benoît dans ce monastère; et cela nous explique pourquoi dans ces lointaines contrées évangélisées par cet intrépide martyr, les Églises ont si unanimement adopté et si longtemps maintenu avec une fidélité exceptionnelle la fête de la Translation de saint Benoît en France, ainsi que nous l'avons constaté de nos propres yeux.

Mais s'il y avait un doute à l'égard des sentiments qui animaient le saint archevêque de Prague, en son pèlerinage à Fleury, il disparaîtrait devant les affirmations de ses deux biographes.

Bien peu de saints ont eu la bonne fortune d'avoir des narrateurs aussi sûrs et aussi fidèles. A peine était-il tombé sous les coups des barbares Prussiens (23 avril 997), qu'un de ses amis, moine de Saint-Boniface à Rome (3), et qui avait eu le bonheur de vivre quelque temps avec lui dans ce monastère, entreprit, avec l'approbation peut-être du pape Silvestre Il (4) et par ordre de son abbé, de transmettre à la postérité les principales actions de ce grand homme. Nous sommes donc en présence d'un Italien qui n'a point été élevé dans les préjugés de la France. Or, lorsqu'il raconte le pèlerinage du saint à Fleury, il dit (5) : « Il n'oublia

 

(1) Mabillon, Annal. bened., lib. L; n. 49, an., 990; LI, 27.

(2) Mabillon, Annal. bened. LI , 28.

(3) Bolland., Act. SS., t. III April., p. 177, n° 8, 9. Mabillon, Act. SS. O.S.B. saec. v.

(4) Bolland., loc. cit., no 9. Sylvestre Il ne devait pas être bien disposé pour Fleury, car S. Abbon avait été le principal intermédiaire de sa déposition à Reims

(5) Mabillon, Act. SS. O.S.B. saec. v, Vita S. Adalberti, n° 35, et Bolland. loc. cit., p. 187, n° 25 : « Nec praeteriit Floriacum, quae beatissimum corpus confessoris nostri et Patris Benedicti suo gremio collocare meruit: uni etiam quis ille sit, caecorum visus, elaudorum gressus, et caelestium miraculorum multa millia protestantur. »

 

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pas de s'arrêter à Fleury, qui a mérité de recevoir dans son sein le corps si vénérable de notre Père saint Benoît, et où la vue rendue aux aveugles, la marche aux boiteux et des milliers de prodiges attestent quel est celui qui y est déposé. »

On le voit, aux yeux des moines de Rome, à la fin du Xe siècle, notre tradition était incontestable.

Ce premier biographe vivait sous le règne d'Othon III (983-1002) (1).

Le second écrivait dans les premières années du règne de saint Henri (1002-1024) (2). Il ne s'exprime pas avec moins d'énergie au sujet de la translation de saint Benoît :

« Après s'être prosterné devant saint Denis, dit-il (3), il vole d'un pas rapide et impatient à Fleury, ce vaste monastère où repose par son corps et où brille par ses miracles le maître de tous ceux qui meurent au monde et cherchent Dieu de tout leur coeur, je veux dire, le Benoît de fait et de nom, cette nourrice si pleine de douceur pour ses petits enfants, cet excellent médecin des infirmes placés à l'ombre de ses ailes. »

Et celui qui s'exprimait en termes si convaincus et si touchants était, non pas un Français, mais un Italien (4), qui avait suivi le saint martyr en Bohème, mais qui semble avoir été quelque temps moine au Mont-Cassin, aussi bien qu'à Saint-Boniface, à Rome. N'est-il pas évident qu'au commencement du XIe siècle, l'adhésion à la tradition française était unanime,même en Italie?

Saint Adalbert était attaché à la cour d'Othon III, sur lequel il exerçait la plus salutaire influence, lorsqu'il entreprit le pèlerinage

 

(1) Bolland. et Mabillon, loc. cit.

(2) Bolland. et Mabillon, loc. cit.

(3) Mabillon, loc. cit , no 35, not. b. Bolland. loc. cit., p. 195, no 19 : « Huic (Dyonisio) caput inclinans ad Floriacum, monachorum ingens coenobium, avido cursu volat, ubi corpore jacet et miraculis fulget Magister mundo morientium et tota mente Deum quaerentium, scilicet re et nomine Benedictus, parvulorum dulcissima nutrix, sub umbra alarum infirmorum medicus bonus. »

(4) Henschenius (Bolland. loc. cit., p. 178) conclut que l'auteur était Bohémien de ce qu'aucun manuscrit de son ouvrage ne s'est trouvé eu Italie. Les Bollandistes ont réfuté trop souvent cette raison pour que nous nous y arrêtions. Combien de vies de saints écrites en France ou en Angleterre n'ont été retrouvées qu'en Italie ou en Allemagne et vice versa? Mabillon (loc. cit not. praev. n. 2) se contente de dire que l'auteur était un disciple du saint qui a vécu à la fois à Rome et en Bohême. Mais cela n'infirme pas son origine italienne; car il peut avoir été l'un des moines italiens avec lesquels S. Adalbert avait fondé son monastère de Brün. S'il n'était pas Italien et s'il n'avait pas été moine du Mont-Cassin, comment aurait-il pu dire, en parlant de Willico, prieur du Mont-Cassin : « Bonus et sapiens clericus visibile testimonium asserebat, et nos legimus (cette attestation) cum ad nostrum abbatem hoc scriptum filius mandaverat ? »

 

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dont nous venons de parler ; et il y retourna quelque temps encore avant d'aller cueillir la palme du martyre. Or il ne manqua pas de communiquer à toute la cour sa grande dévotion envers le tombeau de saint Benoît à Fleury. On en a la preuve dans le témoignage de vénération que sainte Adélaïde, femme du même empereur, donna avant sa mort (999) au monastère (1).

Cette croyance générale à la présence du corps de saint Benoît en France s'affirme jusque dans les expressions employées par la chancellerie impériale dans les diplômes authentiques concernant l'abbaye du Mont-Cassin. Nous avons déjà démontré que les formules : ubi corpus requiescit (2), ante corpus, et surtout ubi corpus humatum est, qui signifie où le corps a été autrefois en terre (3), ne pouvaient pas être invoquées comme preuve de la présence actuelle d'un corps saint dans son sépulcre primitif. Mais lorsque les termes de ces formules sont choisies de manière à éviter manifestement l'affirmation de cette présence actuelle, on ne peut s'empêcher d'y voir une protestation contre cette même présence actuelle du saint corps.

Or c'est ce qui apparaît dans tous les diplômes authentiques des empereurs d'Occident en faveur du Mont-Cassin, depuis celui de Lothaire, en 834, publiés par Gattula dans ses Accessiones ad Historiam abbatiae Cassinensis. Voici cette formule : « Abbas N. coenobii S. Benedicti in Castro Cassino ubi ipse corporis sepulturae locum veneratione dicavit ou locus dicabitur ou dicatur (4), que tout esprit non prévenu traduira ainsi « L'abbé un tel du monastère de saint Benoît au mont Cassin, où le saint a consacré par la vénération (générale) le lieu de la

 

(1) D. Bouq., X, 364 : Patrol. lat., CXLII, 979 : « In ipso tempore quo instabat sibi dies supremus beatissimum Patrem Benedictum; licet exiguis, tamen propriis visitavit muneribus; necnon et beatae recordationis patrem Maiolum... non oblita Cluniacum adeo sibi familiare coenobium. Ad restaurandum beatissimi confessoris Christi Martini monasterium, etc. Il s'agit donc bien dans cette énuinération de monastères de France enrichis des dons de la sainte impératrice.

(2) S. E. le cardinal Bartolini (Di S. Zaccaria p. 340) fonde une objection sur le mot creditur requiescere, qu'on lit dans les bulles d'Eugène III et d'Alexandre III en faveur, de Fleury. On pourrait en dire autant du videtur humatum esse, qu'on trouve dans les bulles de Jean XV et de Benoît VIII, publiées par D. Tosti (Storia della Badia di Monte Cassino, t. I, p. 233, 247). Mais, à vrai dire, l'objection, dans l'un et.l'autre cas, n'est pas sérieuse.

(3) C'est bien dans ce sens que ces expressions sont employées dans les chroniques du Mont-Cassin (Tosti, loc. cit. p.131. Waitz, Scriptores Langobard., p. 478, 255 etc). Au contraire, quand il s'agissait de la présence actuelle d'un corps dans son tombeau on disait : quo recubat humatus (Erchempert Hist. Langobard. cap. XIII, apud Waitz, loc. cit., p.239).

(4) Gattula Cassinensis, Accessiones ad Hist. Abbat. Cassin., p.32, 34, 73, 77, 91, 120, 127.

 

 

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sépulture de son corps, c'est-à-dire évidemment le lieu qui possède son sépulcre vénéré. »

Que signifie cette formule vraiment extraordinaire au moyen-âge, sinon une réserve expresse en faveur de la tradition française ? Et remarquons-le bien, elle ne cesse pas après la fameuse vision de saint Henri, en 1022, puisqu'on la retrouve dans un diplôme de ce prince, donné à Paterborn le 4 janvier 1023, et dans un autre de Conrad le Salique, daté de Bénévent, le 5 juin 1038, (1). Que dis-je ? elle persévère à peu près, dans les mêmes termes, jusqu'au XIIIe siècle, comme on le voit par les diplômes de Lothaire III, du 22 septembre 1137, de Henri VI, du 21 mai 1191, et de Frédéric II, du mois de janvier 1221 (n. s.) (2). Du reste on s'en souvient, nous avons constaté, par un magnifique missel à l'usage de ce dernier, empereur, combien avait été persistante à la cour impériale la croyance à la translation de saint Benoît en France.

La même réserve se fait remarquer dans les écrits des personnages recommandables qu'a produits en si grand nombre le Mont-Cassin. Nous citerons, entre autres, l'évêque Laurentius, ancien moine du Mont-Cassin. au Xe siècle. Dans son homélie sur saint Benoît, publiée par le cardinal Mai (3), il se sert du mot pignora pour exprimer ce que possédait le Mont-Cassin des dépouilles mortelles de saint Benoît. Saint Berthaire, abbé du Mont-Cassin, et martyrisé par les Sarrasins en 884, s'était servi du même terme dans son Carmen de sancto Benedicto (4).

 

(1) Gattula, loc. cit., p. 120, 137.- D. Tosti (Storia della badia di Monte Cassino t. 1, p. 249) a publié un autre diplôme de saint Henri, daté de Rome en 1014, dans lequel on trouve la même formule : ce qui rend fort suspect un autre du même prince, daté du Mont-Cassin 1022, dans lequel on lit la formule : locum in quo venerabilis Patris nostri sanctissimi Benedicti corpus fovetur. » Nous reviendrons sur ce document.

(2) Gattula, loc..cit., p. 250, 270, 291. Quoiqu'un peu différente des précédentes la formule de ces diplômes n'est pas moins significative. Lothaire et Henri disent : « Post sedis Romanae dignitatem Caissinensis Eoclesia principatum obtinet, quae per Patrem Benedictum et S. Regulae descriptionem et pretiosi ejus corporis SEPULTURAM monasticae disciplinae caput esse meruit » Frédéric II dit : « Quia piis locis... quem Pater sanctissimus Benedictus incoluit, extrussit et sua corporali praesentia, clarissimum ac memorabilem toto orbi efficit. »

(3) Mai, Spicileg. Roman., t. V, p. 127 : « Quandoquidem tanta eum (Benedictum) Tonantis clementia insignivit beatitudine ut et polica regna justitiae stemmate laureatus possideat ovans et sua pignora quibus Cassinense beatur coenobium, a regibus terrae cernuo submissoque venerantur adoratu. »

(4) Publié par Mabillon dans le tome I des Acta SS. O.S.B. et reproduit dans la Patrologie latine de Migne, t. CXXVI, col. 978.

Unica sanctorum retinet nunc arca duorum

Pignora, quos asthrae junxit humoque Deus.

 

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Ces deux textes sont une preuve qu'au IXe et au Xe siècle, au Mont-Cassin, on croyait, il est vrai, avec Paul Diacre, que le tombeau de saint Benoît contenait encore quelques reliques, mais non son corps entier. En effet, le mot pignus, pignora, chez les écrivains ecclésiastiques du moyen-âge, a la signification de reliques en général, mais surtout de reliques partielles, de portions de reliques. C'est ce qu'il nous serait facile d'établir par une foule d'exemples (1). Ouvrons au hasard les ouvrages de saint Grégoire de Tours. Dans l'éloge qu'il fait de sainte Radegonde (2), nous lisons qu'elle envoya des clercs en Orient chercher des reliques des saints apôtres et martyrs, et qu'en effet ces clercs lui apportèrent lesdites reliques (pignora).

Certes, personne n'a jamais dit que ces reliques aient été des corps entiers de saints, ni même des reliques considérables. Le saint évéque historien nous fournirait, à lui seul, des textes sans nombre à l'appui de cette observation. Dans le seul premier livre de Gloria martyrum, nous en avons relevé plus d'une douzaine (3).

Aussi bien, n'est-il pas évident que saint Berthaire, aussi bien que l'évéque Laurentius,ont voulu éviter d'em ployer l'expression corpora, puisque ni les règles de l'art d'écrire, ni les besoins de la mesure des vers, ne les forçaient à préférer pignora à corpora Leur réserve était donc intentionnelle.

 

(1) Cf. Mabillon, Annal. bened., LI, 129. Leon. Marcican. Chronic. Casinense, lib. II, cap. liij, etc.

(2) S. Gregor., Tur. Hist. Franc., IX, 40 : « Radegundes beata in partes Orientis clericos destinat, pro Dominicae crucis ligno, ac sanctorum apostolorum caeterorumque martyrum reliquiis. Qui euntes detulerunt haec pignora. »

(3) S. Gregor., Tur., Gloria martyrum, lib. I, cap. VI : « Ab hoc et sanctorum pignora accepi. Cap. XIV : Episcopi partem hoc pignore (pollice S. Joannis Baptistae) elicere... Cap. XIX : Extracta pignora (B. Mariae). Cap. XXI : « Vae nobis qui tantorum pignorum caremus auxilio (reliquiarum S. Saturnini). Cap. XXXIV : S. Grégoire, en réparant un autel consacré à saint Etienne, premier martyr : « Requirentes, dit-il, in loculo, nihil de pignoribus sanctis quod fama ferebat reperimus. » Il envoie un abbé chercher dans son armarium une cassette (capsam ubi multorum ibi sanctorum pignora tenebantur. » Cf cap. 44, 48, 84, 83, 90, 101. Lorsqu'il parle des corps conservés dans leurs sépulcres, il se sert des mots : corpus, artus ; (Ibid. cap. 38, 47, 63) ou cineres (Ibid, cap. 56);. L'objection de S. E. le cardinal Bartolini (Di S. Zaccaria Papa, p. 360) à propos de ce motet de celui de reliquias employés par Guillaume de Malmesbury parlant des reliques de Fleury, n'a donc pas de valeur ; c'est l'ensemble qui donne le vrai sens des mots.

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