Boutique de la Statue Religieuse Chrétienne

LA BOUTIQUE DE LA STATUE RELIGIEUSE CHRÉTIENNE

Les Reliques de Saint Benoît au Mans

Les reliques de Saint Benoît au Mans

Le corps de saint Benoît, et moins encore celui de sainte Scholastique, ne sont plus au Mont-Cassin, nous venons de le démontrer. On peut, en effet, résumer ce que nous avons dit jusqu'ici en deux propositions contradictoires.

D'un côté, en faveur de la tradition française, tous les monuments historiques, même ceux du Mont- Cassin jusqu'à la fin du XIe siècle, attestent expressément que le corps du saint législateur des moines d'Occident et celui de sa sueur ont été enlevés du Mont-Cassin, pendant que ce monastère était en ruine, et ont été transportés en France.

A partir du XIe siècle, il s'est formé au Mont-Cassin une opinion contraire à cette croyance commune. D'abord timide et partielle, elle s'est changée, au XIIe siècle, en une négation absolue. Mais ce qui prouve combien elle était peu fondée, c'est que ceux qui l'ont émise n'ont eu d'autre ressource pour la soutenir que de [184] fabriquer des pièces fausses. La question est donc dès à présent jugée à tout jamais.

Cependant, encore que, par plusieurs arguments péremptoires, nous ayons démontré la fausseté de l'assertion qui prétend qu'une partie seulement, et non pas les corps entiers, a été apportée en France, nous croyons utile de faire voir que; matériellement parlant, cette dernière opinion est insoutenable. Pour cela, il nous suffira de retracer brièvement l'histoire du dépôt primitif apporté au Mans et à Fleury et des portions plus ou moins nombreuses qui en ont été successivement extraites, et d'ajouter à ces reliques connues historiquement celles qui subsistent encore. Ce simple rapprochement nous donnera évidemment, du moins d'une manière approximative, la quantité des ossements enlevés au Mont-Cassin.

Le corps de sainte Scholastique, nous l'avons dit, fut transféré au Mans, après un assez court séjour à Fleury-sur-Loire. La ville du Mans s'en montra justement fière, et se plaça, à une époque fort reculée, sous le patronage de cette admirable vierge (1).

Cependant Dieu permit que son précieux trésor lui fût en grande partie arraché par un acte de violence analogue à celui qui l'en avait enrichie. En 874, la reine Richilde, femme du roi Charles le Chauve, obtint, après divers incidents, de Robert évêque du Mans, plus de la moitié du saint corps, à l'insu des habitants de la ville (2); et elle en fit don à son monastère de Juvigny, qu'elle venait de fonder (3). L'église de Juvigny, aujourd'hui paroissiale, possède encore la plus grande partie de ce dépôt sacré, conservé presque miraculeusement à travers les siècles et les révolutions. La. part qui avait été laissée au Mans, après avoir échappé au vandalisme des huguenots (4), a été détruite par l'impiété révolutionnaire de,1793. Toutefois, les Manceaux n'en continuent pas moins,de l'honorer comme la patronne de leur cité.

Malgré la perte regrettable de la portion de ces reliques restées au Mans, on peut encore aujourd'hui juger, par ce qui est conservé à Juvigny, de la richesse du dépôt primitif. C'était

 

(1) D. Paul Piolin, Hist. de l'Eglise du Mans, t. I, p. 355; t. V, p. 454, 477; t. VI, p. 282.

(2) Gallia Christiana, t., XIII,, col, 615 et Instrunpenta, col. 311. D. Mabillon,

Annal. Bened., XXXVII, an. 874, n° 55. D. Piolin, loc. cit., t. I. p. 410, 517.

(3) Autrefois du diocèse de Trèves maintenant de celui de Verdun.

(4) Bolland. Act. SS., t. II Febr., p. 401.

 

 

 

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évidemment le corps entier de sainte Scholastique, puisque les reliques actuelles forment plus de la moitié d'un corps, ainsi que l'attestent ceux qui ont eu le bonheur de les vénérer.

Il faut en dire autant des reliques de saint Benoît encore vénérées à Fleury.

Lorsqu'elles furent apportées du Mont-Cassin, elles furent provisoirement placées dans l'église de Saint-Pierre, puis, à la suite d'un prodige (1), dans l'église de Notre-Dame. Selon l'usage généralement observé à cette époque (2), l'abbé fit construire pour les recevoir une sorte de sépulcre (tumba, sepulcrum, tumulus, mausoleum), dans lequel fut déposé le sindo ou sportella enveloppant directement les ossements sacrés, et le loculus ou sarcophage reliquaire en bois bardé de métal, qui les protégeait contre l'humidité du sol (3). Ce tombeau était situé en face et derrière l'autel majeur dédié à la sainte Vierge (4).

En 856, sous l'impression de la terreur causée par les Normands qui avaient pris et pillé la ville d'Orléans, l'abbé !Bernard enleva hors du tombeau les saintes reliques et renferma le scrinium-loculus primitif dans un loculus plus grand, mais disposé de façon à être facilement porté sur les épaules, en cas que l'on fût contraint de fuir à l'improviste (5).

 

 

 

(1) Adrevald., De Translat. S. Benedicti, n° 15 : «Nam lux subito coelitus emissa ante basilicae frontem, beatae Dei Genitricis Mariae, in eum locum ubi nunc est conditum corpus protendi visa est... Igitur in eodem loco... cum magno studio in melius ornato, sub pridie nonas decembris... terme humili terrain multi pretii reddere studuit, vilique urna contexit caelestem thesaurum. »

(2) Andreae Floriac., De miracul. S. Benedicti, VII, 16 : « Secundum consuetudinem sanctae Matris Ecclesiae Romanae, in abdito terrae loco, uti condecens erat, reverentissime atque dignissime loculo conditus est plumbeo. »

(3) Radulf: Turtarii, De miraculis S. Benedicti, VIII, 25 : « Qua de re actum est ut veneranda ejusdem Patris membra qua: in arca lignea erant recondita, scrinio aeneo ea ob durabilitatem intrinsecus ambiente, necesse foret de eadem arca abstrahere, » Clarii Chronic. S. Petri Vivi, au. 1108, apud d'Achery Spicileg. edit. in-fol. t. 11, p. 478, et D. Bouquet, XII, 282 : « Translatum est sanctissimum corpus in conspectu omnium qui adfuerunt, insertum in melallino quodam et cupreo scrinio in quo prius, ut creditur, positum fuit quando allatum est de Cassino monte. »

(4) Aimoin, De mirac. S. Benedicti, III, 3 : « Eo stante ante sacratissimam Patris Benedicti tumbam, coram altare praecelsae Virginis Mariae. » Dès le temps de Louis le Débonnaire, le tombeau était enrichi d'or et de pierreries, offerts par la piété des fidèles. (Adrevald., De mirac. S. Benedicti, 1, 26.)

(5) Adrevald., De mirac. S. Benedicti., I, 34 : « Aberat jam tunc corpus sacratissimum Confessoris Christi Benedicti (en 865); siquidem prima vastatione (il y avait eu en 854 une invasion à Orléans, mais non pas vastatio) praefatae urbis, curam hujus sacri loci agente Bernardo, nobilissimi generis viro, levatum a loto sepulchri sacratissimum corpus, in scrinio cum honore congruo repositum est, sicque in loculo gestatorio collocatum, qualiter quocumque fugiendi impelleret necessitas, a fratribus fugae praesidio sese tuentibus, deferri possit. »

 

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Les précautions prises furent inutiles en 856 ; mais il n'en fut pas de même en 865 (1). Les moines n'eurent que le temps de s'échapper avec leurs trésors de reliques et ce qu'ils avaient de plus précieux. Les barbares avaient remonté audacieusement le cours de la Loire; et tandis qu'une de leurs bandes saccageait Orléans, une autre s'abattait sur Fleury, qu'elle mettait à feu et à sang. Cette fois, ces pirates ne retournèrent pas dans leurs repaires avant d'avoir promené l'incendie et le pillage dans toute la contrée.

Pendant ce temps, les moines de Fleury, errant à travers les campagnes, n'étaient consolés que par les nombreux prodiges opérés parles précieux restes de leur bienheureux Père saint Benoît (2).

A leur retour, ils ne trouvèrent que des ruines. Ils furent contraints, en attendant la reconstruction de leur église, de transformer en oratoire l'ancien dortoir, que l'incendie avait moins endommagé que les autres parties du monastère. lis y déposèrent provisoirement, dans sa châsse portative, le corps de saint Benoît (3):

De nouvelles invasions les tenant dans de continuelles alertes, ils se réfugièrent avec leur trésor dans la ville d'Orléans, mise par son évêque en état de défense (4), d'Qù ils le reportèrent enfin en triomphe, et non sans miracles, dans leur abbaye en partie restaurée, à la fin du ixe siècle (5).

Vers la même époque, fut fondé par le pieux comte Eccard les prieuré de Pressy en Bourgogne (6); et les moines de Fleury l'enrichirent de plusieurs ossements insignes du saint patriarche (7).

Pour qu'ils pussent se dépouiller à ce point, sans nuire à leur

(1) Adrevald., loc. cit. D. Bouquet, Vil, 71, 89.

(2) Adrevalit., loc. cit. « Non tamen, infra haec temporis spatia, gratis divina servos suos, quanquam miserabiliter peregre incertisque diebus jactatos, oblivisci dignata est, quia miraculis solaretur per dilectissimum suum patratis. »

(3) Adrevald., loc. cit. : « Quo etiam in loco corpus beatissimi deferunt Benedicti, in loculo adhuc gestatorio positum. »

(4) Gallia Christiana, VIII,1426.

(5) D. Mabillon, Acta SS. O. S. B. saec., IV, Parte II, De illatione S. Benedicti, n° 15; Annal. bened., lib. XXXVIII, an. 878, nis 11, 12.

(6) Aimoin, De miraculis S. Benedicti, III, 15. - D. Mabillon, Annal. bened., XXXVIII, 81-83.

(7) Aimoin, loc. cit., III, 15, 16. En 1693, l'abbé de Fleury, Jean de Saint-Léger visitant ce prieuré, y vénéra deux reliques de saint Benoît; un os du bras et un fragment du tibia, échappés aux dévastations des protestants. (D. Chazal. Hist. Abb. Floriac. p.676.

 

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dépôt sacré, il fallait qu'ils fussent en possession de presque tous les membres du corps du saint législateur.

Un autre prieuré, fondé vers le même temps à Saint-Benoît du Sault, dans le diocèse de Bourges, fut également pourvu de reliques considérables, extraites du même trésor; et, comme à Pressy, elles devinrent l'objet de la dévotion des fidèles et l'instrument de nombreux miracles (1).

D'autre part, il parait constant que la reine Richilde, qui, on s'en souvient, obtint pour son monastère de Juvigny la plus grande partie du corps de sainte Scholastique, se procura aussi, on ne sait comment, des reliques importantes de saint Benoît; car, vers l'an 1090 (2), l'abbesse Galburge pouvait donner au monastère de Saint-Hubert une dent et un os du doigt du même saint.

Cependant les Normands renouvelèrent leurs ravages, et l'abbé de Fleury, nommé Lambert, fut contraint, comme l'abbé Bernard, de faire sortir encore une fois le corps de saint Benoît du sépulcre où il reposait et de fuir avec ses moines, emportant sur leurs épaules leur incomparable trésor (3). C'était vers l'année 909. Mais, par la protection du saint patriarche, ils ne tardèrent pas à rentrer dans leur monastère ravagé.

Tant de désastres répétés avaient relâché les liens de la discipline. Saint Benoît y porta remède. Il chargea le grand saint Odon, abbé de Cluny, de la délicate mission de faire refleurir la piété dans ce sanctuaire vénéré. C'était en 930. Saint Odon prit, d'une main paternelle et ferme à la fois, l'administration de l'abbaye, et bientôt, par son immense influence, le pèlerinage au tombeau de saint Benoît à Fleury prit un développement merveilleux (4), surtout à l'occasion de la célébration des fêtes

 

(1) Andreae monach. Floriac. De miraculis S. Benedicti, IV, I, apud Certain, p. 175 : « Interea castri Calensis ecclesia, nobilium procurante solertia, in melius fuerat reaedificata, quam ipse sanctissimus Pater noster Benedictus usque in praesentem diem (1043) et SUIS MEMBRIS et assiduis laetificat miraculis... Hisembertus pignora tanti ducis feretro imposuit, et eum caterva totius populi Lemovieam tendit ad urbem. »

(2) Gallia Christ., XIII, 616.

(3) Mabillon, Annal. bened. XII, 57, Gallia Christ., VIII, 1544. - Armoin. loc. cit., II, 2 : « Monachi cum corpore semper laudandi Patris nostri Benedicti ad tutiora se contulerant loca, Lamberto tant abbate piae sollicitudinis erga eos curam gerente. »

(4) Pour encourager la dévotion des pèlerins, saint Odon fit creuser, près du loculus de saint Benoît, une petite crypte, d'où l'on apercevait les restes vénérés (Andreae Flor. loc. cit. VII, 16, apud Certain, p. 275) : « Ob augendam aliorum devotionem erga suum proprium alumnum, aperuit ad pedes ipsius orandi gratia, cryptam, remota lapidum congerie quae sacrum tegebat tumulum. »

 

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du 21 mars, du 11 juillet et du 4 décembre. On sait que c'est pendant une des solennités du 11 juillet que l'illustre abbé prononça son fameux discours, dans lequel il atteste et la multitude innombrable des assistants et la présence du corps du saint patriarche des moines d'Occident.

Après la mort de saint Odon (18 novembre 942), les abbés Archembaud, Wulfaldus (1) et Richard marchèrent sur ses traces. Cependant, par un insondable jugement de Dieu, sous ce dernier abbé, en 974, l'abbaye devint, à deux reprises, la proie d'un vaste incendie, et le corps de saint Benoît fut à grand'peine sauvé des flammes par le courageux dévouement des moines (2). Mais, grâce au zèle intelligent du vénérable abbé, au bout de trois ans, le monastère était non seulement reconstruit, mais agrandi. Pendant les travaux de réparation, le corps de saint Benoît avait été transporté dans l'église de Saint-Pierre, où la piété de ses enfants le gardait avec un soin jaloux (2). »

Il semble que le démon fût acharné contre l'église qui possédait un pareil trésor. Sous le bienheureux Abbon, un nouvel incendie dévora encore la basilique de Notre-Dame. Les reliques de saint Benoît furent heureusement enlevées 'à temps et transportées dans le cimetière des moines, à l'orient de la basilique (4).

Après la réparation du désastre, saint Abbon (5) voulut laisser un monument spécial de sa dévotion filiale envers les précieux restes de son glorieux Père saint Benoît. Saint Odon avait

 

(1) Ce fut sous cet abbé, vers l'an 956, (Aimoin, loc. cit. ; III, 11) que furent apportés à Fleury, par l'évêque Mabbon, des reliques considérables de saint Paul de Léon. Elles furent déposées, non pas comme le prétendent les Italiens, dans la châsse même de saint Benoît, mais dans son mausolée, dans une châsse particulière, à côté de celle du saint patriarche : « Corpus autem Benedicti confessoris Pauli CUM PROPRIO LOCULO post loculum sanctissimi Patris Benedicti posuerunt, uno tamen ampliori scrinio, quod etiam argento tectum erat utrumque concludente. » C'est-à-dire évidemment que l'une et l'autre châsse étaient enfermées dans un coffre commun recouvert d'argent, afin de pouvoir les porter au besoin ensemble en procession. C'est en ce sens qu'ils faut entendre les paroles d'André de Fleury (Certain, loc. cit. p. 275) : « Conjuncto corpore. »

(2) Aimoin, loc. cit.. II, 9. - D. Mabillon, Annal. bened., XLVIII, 18.

(3) Aimoin, loc. cit. II, 11 : « Ea etiam tempestate qua adhuc instaurationi ejus studiosus impendebatur labor, et sacratissima Patris sui Benedicti Ossa in ecclesia sancti Petri devotus filiorum asservabat amor. » Le lecteur remarquera les touchantes expressions de la fin de cette phrase.

(4) Mabillon, loc. cit., Li, 43. Aimoin, loc. cit., III, 12 : « Thesaurum arabico metallo lapidique praeferendum topasio in se retinens id primum, cum caeterorum reliquiis sanctorum, humeris dolentium suorum effertur servulorum atque ad orientalem ecclesiae partem, in coemeterio exponitur fratrum. »

(5) Nous avons parlé plus haut du don que fit Abbon à Léon abbé de Saint-Boniface de Rome, d'une relique insigne de saint Benoît.

 

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construit, avons-nous dit (1), une crypte, où les pèlerins pouvaient vénérer le corps du saint patriarche, surtout depuis que l'abbé Vulfaldus y avait transféré les reliques de saint Benoît et de saint Paul de Léon (2). Abbon revêtit d'une boiserie la paroi qui avoisinait le tombeau de saint Benoît, et il la fit incruster d'une lame d'argent, sur laquelle étaient ciselés les principaux miracles de la vie de ce grand saint (3).

En 1026, sous l'abbé Gauzlin, nouveau sinistre et semblable préservation des précieux restes (4).

Malgré tous les soins qu'on avait mis à la restaurer, l'église de Notre-Dame avait nécessairement souffert de tant d'accidents accumulés. L'abbé Guillaume (1067-1080) entreprit de la reconstruire entièrement et sur de plus grandes proportions (5). Cette grande oeuvre ne s'acheva pas sans peine et sans labeur. Pour subvenir aux frais considérables qu'elle entraînait, on recourut à des quêtes publiques (6) et à la générosité des princes et des fidèles de France.

Le roi Philippe Ier lui-même vint encourager les travaux par sa présence et ses bienfaits (7). Il ne faisait, du reste, que marcher sur les traces des rois ses prédécesseurs, qui avaient presque tous (8) tenu à honneur de venir à Fleury rendre leurs hommages au chef et au législateur de l'Ordre monastique (9).

 

(1) Supra p. 186, note 4.

(2) Andreas Floriac. loc. cit.. VII, 16 : « Eximiae virtutis Vulfaldus abbas egregit Patris Benedicti sanctissimum corpus de interioribus crypta, octavo Idus Augusti ad superiora solemnissime transtulit in eum quo nunc veneratur locum, B. Pauli Britanniae praesulis conjuncto corpore. »

(3) Aimoin, Vita. S. Abbonis, apud Patrolog. lat, CXXXIX, 406 : « Sex altaria... argenteis sibi affixis praefulgent laminis... Sed et paries ligneus, circa tumulum inclyti confessoris Christi Benedicti, locatus, simili est complus specie metalli, atque in eo quaedam miraculorum ejusdem dilecti Domini caelatoria arte perspiciuntur expressa. »

(4) Gallia Christ., VIII, 1551.- Andreas Floriac., loc.cit. VII,17.- Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, tome 11, Vita Gauzlini, auctore Andrea Floriac., N'S 47,52 : « Illud singulare margaretum imponimus humeris... inque borto nostri pomerii consedimus... Nec multo post, quasi triginta dierum exacto curriculo... sacrosanctum mausoleum levamus.... sanctissimas reliquias loco deponimus priori. »

(5) Radulfus Tortar., De mirac. S. Benedicti., VIII, 25.

(6) Radulf. Tort. loc. cit., VIII, 26.

(7) Il vint à Fleury au moins deux fois : en 1071 (Mabillon, Annal. bened. LXlll, 91) et en 1079 (Idem, ibid., LXV, 56.)

(8) Pour Louis le Débonnaire, Charles le Chauve et Pépin son neveu (D. Bouquet, VI, 511, 512 ; VII, 63.- D. Mabillon, loc. cit., XXXIII, 22, an. 845. Adelerii Appendix, De mirac. S. Bened., I, 41.) - Pour Charles le Simple (D. Bouquet, IX, 488, 489.) Pour Hugues Capet et son fils, le roi Robert (D. Bouquet, X, 101, 112). Philippe le Bel vint à Fleury en 1301.

(9) D. Bouquet, X, 104 : « Pater et Dux monachorum Benedictus. »

 

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On commença naturellement par la construction de la magnifique crypte s'étendant sous tout le sanctuaire de la future basilique, et destinée à être comme un immense reliquaire en pierre où devaient reposer les ossements révérés du saint patriarche (1).

Ces travaux de soubassement obligèrent l'abbé Guillaume à enlever toutes les reliques qui étaient placées dans cette partie de l'ancienne église. Celles de saint Benoît furent respectueusement déposées avec l'ancienne châsse, dans la nef, derrière une statue représentant le Sauveur du monde (2).

On ne les enleva momentanément que pendant le temps que dura l'incendie de 1095 (3).

Cet état de choses persévéra jusqu'au 20 mars 1108, jour assigné par l'abbé Simon, après le complet achèvement de la basilique, pour la translation du corps de saint Benoît dans le splendide martyrium de la crypte que lui avait préparé la piété filiale de l'abbé Guillaume.

On. voit maintenant combien est ridicule la fable inventée par Pierre Diacre, à propos d'un prétendu voyage du pape Pascal II, à Fleury, le 11 juillet 1107. A cette date, en effet, l'église était encore inachevée, et les restes de saint Benoît, loin d'être cachés

 

(1) Voici la description qu'a faite de ce monument M. l'abbé Rocher, à la page 511 de son Histoire de l'abbaye royale de Saint-Benoît-sur-Loire, 1 vol. in-8° Orléans. 1865 : « Au centre et en face du mur ajouré qui sépare le sanctuaire de la crypte, s'élève le Martyrium ou Confession. C'est là qu'était déposée la châsse qui renfermait le corps de saint Benoît. Ce Martyrium est un petit réduit quadrilatère à l'intérieur, rond à l'extérieur, ouvert sur le devant (afin de permettre d'enlever la châsse au besoin) et percé de trois ouvertures à 1 m. 30 de hauteur. L'ouverture du fond est à plein centre; celles des côtés sont carrées. Dix colonnes rondes à demi engagées l'environnent et reçoivent la retombée des arcs-doubleaux qui séparent les travées de voûte. Entre ce groupe central (de colonnes) et le mur même de l'abside s'élève en hémiscycle huit colonnes monocylindriques placées perpendiculairement sous les colonnes du sanctuaire supérieur. Toutes ces colonnes, au nombre de trente, sont ornées de chapiteaux sculptés pour là plupart... Les seize fenêtres étroites qui l'éclairent y laissent pénétrer seulement un demi-jour mystérieux, qui, par de nombreuses oppositions d'ombre et de lumière, y produit le plus grand effet et rend ce sanctuaire éminemment propice à la prière et au recueillement.

(2) Radulph. Tartar., De miraculis S. Benedicti, VIII, 28, apud Certain, p. 325 ; « Ingressa Dei Genitricis aulam, pone imaginem nostri Salvatoris argento radiante vestitam aureoque pulchre nitori insterstinctam, ubi eo tempore beatissimi Patris veneranda quiescebant membra causa innovationis ejusdem aulae translata. » - Clarius Chronic. S. Petri Vivi an. 1108, apud Spicgleg. Acherian, édit. t. Il p. 478, et apud D. Bouquet, X II, 282 : « Causa meliorandi capitii vel monasterii Floriaci loci, in navi ipsius ecclesiaeper aliquod tempus collocatum est (corpus S. Benedicti.)

(3) Rad. Tort.,De mirac. S. Benedicti, VIII, 27 : «Qui religiosiores et aetete provectieres erant Patris sanctissimi glebam, non solum his, sed omnibus gazis millies pretiosiorem supradicto gazophylacio intuleruat, cum caeterorum pignoribus sanctorum qui in eadem quiescebant ecclesia. »

 

 

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dans un autel, afin de tromper la bonne foi des fidèles, étaient provisoirement exposés, à la vue de tous, derrière une statue du Sauveur.

Mais laissons ces mensonges, et continuons à suivre pas à pas l'histoire intéressante de notre incomparable trésor.

Profitant de la circonstance qui l'obligeait à enlever de son antique sépulcre le corps de son glorieux Père, l'abbé Guillaume fit renouveler la caisse en bois plaquée de cuivre qui contenait, depuis le vide siècle, les saintes dépouilles. Mais on se garda bien de jeter au rebut ce bois vénérable. On s'en servit comme de remède pour la guérison d'un grand nombre de malades (1), notamment du moine Véran, qui devait être le successeur de l'abbé Guillaume (2).

Nous le disions tout à l'heure, la basilique ne fut achevée que sous l'abbé Simon (1096-1108), après plus de trente ans de travaux continuels. Celui-ci voulut donner à la consécration du nouvel édifice et à la translation du corps de saint Benoît dans son nouveau sépulcre, tout l'éclat et toute la pompe que réclamaient les circonstances. Les fidèles, le clergé, la noblesse, les abbés et les évêques répondirent en foule à son appel (3). Le roi Philippe Ier, alors malade à Melun, ne pouvant venir en personne, y envoya son fils Louis le Gros, déjà couronné du vivant de son père. Cependant, par un insondable jugement de Dieu, le vénérable abbé Simon, comme Moïse et Aaron, fut privé de voir de ses yeux mortels le magnifique triomphe qu'il avait préparé à son glorieux Père saint Benoît. Il mourut dans la nuit même qui précédait le 19 mars. Malgré cette mort inopinée, la cérémonie néanmoins eut lieu au jour fixé, à cause du concours immense de peuples déjà réunis pour la fête. On enterra, le 20 mars (4), le

 

 

(1) Rad. Tort., De mirac. S. Benedicti, VIII, 25 : « Qua de re actum est ut veneranda ejusdem Patris membra, quae in arca lignea orant recondita, scrinio aeneo ea ob durabilitatem intrinsecus ambiante, aecesae foret de eadem arcs abstrahere, et alias alio in locello locare : De cujus arcae reliquiis multa remedia praestantur infirmis ejusdem Patris meritis cujus venerebilia ossa ambivit. »

(2) Loco citat., apud Certain, p. 318-319.

(3) C'est ce qu'atteste le moine Clarius, auteur de la Chonique de saint Pierre-le-Vif, et témoin oculaire (loc. cit.) : « Verum convocatio populi, quae per multa loca fuerat, plurima ad diem denominati festi convenit, sed, non quanta debuit. Quis enim dresse debuit ? Credo, nullus quem pes portare potuit. » Quant à la date, il dit que tout se passa quatre jours avant l'année 1108, parce qu'il commençait l'année au 21 mars : « Verum ut ad quaedam quae de praeterito anno, Incarnationis scilicet millesimo centesimo septimo, quatuor diebus ante praesentem annum (1108) de quo agitur, redeam... - Hoc totum factue est, XIII Kal. Aprilis (20 mars). »

(4) Clarius, loc. cit. : « Eadem die dedicaverunt majus altare in honore sanctae Mariae Dei Genitricis, et aliud matutinale, scilicet in honore sancti Benedicti, sub quo positae sunt ipsa die sanctae Reliquiae ejusdem Patris. Translatum est autem sanctissimum corpus in conspectu omnium qui adfuerunt, insertum in metallino quodam et cupreo scrinio, in quo prius, ut creditur, positum fuit quando altatum est de Cassino monte. Illic vidi flentes prae gaudio Regem et principes et omne vulgus, praecipueque monachos et abbates, hymnes et laudes, ut decebat, dicere volentes, sed prae lacrymis non valentes. Levatum itaque tantum gazophylacium superpositum est feretum auro gemisque fabricatum... HOC TOTUM FACTUM EST XIII KAL. APRILIS. »

 

 

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défunt sous le cloître, et l'on procéda à la consécration de l'autel majeur et de l'autel matutinal, dédié à saint Benoît et placé immédiatement au-dessus de la Confession. On porta ensuite dans la crypte, au chant des hymnes et des cantiques, les membres sacrés du saint patriarche, qu'on avait enfermés dans une nouvelle châsse d'or, enrichie de pierres précieuses. C'était un don de la munificence royale. L'émotion générale était telle que le jeune roi et les princes, aussi bien que les moines et les abbés, versaient des larmes de joie, au point d'être obligés d'interrompre les chants sacrés. Le lendemain, on célébra la fête de saint Benoît.

Aussitôt après la solemnité liturgique, Louis le Gros s'empressa d'aller rejoindre son père étendu sur un lit de souffrance à Melun. Depuis longtemps déjà celui-ci avait manifesté ta volonté d'être enterré près dit tombeau de saint Benoît, à Fleury-sur-Loire. Comme on lui demandait pourquoi il ne choisissait pus sa sépulture près des tombeaux de ses prédécesseurs, à Saint-Denis : « Je sais, répondit-il (1), que la sépulture des rois de France est à Saint-Denis; mais je me sens trop grand pécheur pour oser aller reposer près du corps de ce glorieux martyr. Je craindrais un sort semblable à celui qui, dit-on, est advenu à Charles Martel. J'aime saint Benoît ; j'ai une humble confiance en ce Père miséricordieux des moines; voilà pourquoi je désire être enterré dans son église, sur les bords de la Loire. Il est clément et plein de condescendance, et il accueille avec bonté tous les pécheurs qui veulent faire pénitence et se réconcilier avec Dieu, selon les prescriptions de sa règle. »

 

(1) Orderic. Vital. Hist. ecclesiast., lib. XI, apud D. Bouquet, XII, 705 : « Ut sibi mortem imminere vidit, data fideliter confessione, proceres Francorum suosque amicos convocavit : » Francorum, inquit, regum sepulturam apud S. Dionysium esse scio. Sed quia me mimium esse peccaturem sentio, secus tanti martyris corpus sepeliri non audeo. Admodum vereor ne, peccatis meis exigentibus, tradar diabolo, et mihi contingat sicut Scriptura refert olim contigisse Martello Carolo. Sanctum Benedictum diligo, pium patrem monachorum suppliciter exposco,et in ecclesia ejus super Ligerim tumulari desidero. Ipse enim clemens est et benignus, omnesque suscipit peccatores propitius qui emendatiorem vitam appetunt et secundum disciplinam Regulae ipsius Dee conciliari satagunt. »

 

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Son désir fut accompli. Il mourut à Melun le 30 juillet, et son corps, transporté à Fleury, au milieu d'un nombreux cortège funèbre présidé par son fils, fut enterré entre le choeur et le sanctuaire (1).

Il est bien probable que, à l'occasion de ces diverses translations, on enleva plus d'un ossement important du dépôt sacré. On l'infère évidemment d'un fait raconté par Raoul Tortaire, précisément à l'occasion de la reconstruction de la basilique sous l'abbé Guillaume.

Le directeur des travaux (praefectus operi), nommé Gallebert, guérit à Vitry-aux-Bois un paralytique avec une relique du saint patriarche qu'il portait avec lui (2). Si un simple particulier possédait de telles reliques, à plus forte raison les églises et les monastères devaient-ils en réclamer pour les offrir à la vénération publique.

C'est donc vers cette époque, croyons-nous (3), qu'il faut reporter le don fait d'une vertèbre du saint législateur au monastère de Saint-Symphorien d'Autun, aujourd'hui encore vénérée dans l'église paroissiale qui a pris le nom de ce saint martyr.

Cependant (4), l'usage d'exposer les saintes reliques sur les autels commençant à se généraliser en France, les moines de Fleury crurent qu'il était convenable de ne pas laisser dans l'ombre d'une crypte le riche trésor qu'ils possédaient. En conséquence, le 11 juillet 1207 eut lieu une autre translation solennelle

 

 

(1) Orderic. Vital. loc. cit. : « In coenobio S. Benedicti apud Floriacum, sicut ipse optaverat, inter chorum et altare (S. Benedicti) sepultus est... Sur ce sépulcre voir l'abbé Rocher, loc. cit., p. 502-503. - Cf. Suger. Vita Ludovici Grossi regis, apud D. Bouquet, XII, 21 : « In eodem monasterio ante altare positum, prout decentius potuerunt, hymnis et prece animam Deo commendantes, corpus SOLEMNIBUS SAXIS (allusion manifeste à son cénotaphe) exceperunt. » Louis VI vint plusieurs fois à Saint»Benoît prier sur la tombe de son père, notamment en 1109, 1111, 1112, 1114 (l'abbé Rocher, loc. cit. p. 273-274. De Miracul. S. Bened., IX, 8), et surtout en 1130, époque à laquelle il y reçut le pape Innocent II, saint Bernard, et toute la cour pontificale (D. Bouquet, XIII, 58).

(2) De mirac. S. B., VIII, 26... - Patrolog. lat. CLX, 1215.

(3) Cela est d'autant plus probable que cette église fut donnée à Fleury par Hugues, duc de Bourgogne et Philippe Ier roi de France en 1077 (D. Mabillon. Annal. bened. LXV, 17, an. 107.), et bien que cette donation ait été contestée à l'abbé Guillaume (D. Bouquet, XIV, 617), cette relique fut probablement octroyée en échange de la donation.

(4) Nous ne disons rien du concile important qui se tint à Fleury en octobre 1130 sous la présidence du cardinal légat Richard (D. Bouquet, XII, 283). Nous avons parlé plus haut du séjour qu'y firent ensemble le roi Louis VI et sa famille, et le pape Innocent II avec sa cour, et saint Bernard, en 1130.

 

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du corps de saint Benoît par les soins de l'abbé Garnier (1). Celui-ci, voulant donner à cette cérémonie toute la solennité possible, fit fabriquer une châsse plus riche et plus ornée que celle qu'avait donnée, un siècle auparavant, le roi Philippe Ier; et il invita, pour présider la solennité les archevêques de Bourges et de Sens, ainsi qu'un grand nombre d'évêques et d'abbés. Les documents conservés dans les archives de Fleury signalent notamment comme ayant assisté à la fête : Eude évêque de Paris, Manassès, d'Orléans, Guillaume d'Auxerre et Guillaume de Nevers.

On procéda selon toutes les formes canoniques. On vénéra les saintes, reliques, on lut toutes les' pièces attestant leur parfaite authenticité, et, après les avoir, scellées, on les déposa dans la nouvelle châsse, que l'on transporta en grande pompe au-dessus de l'autel majeur. Les fidèles pouvaient ainsi contempler de loin le précieux dépôt qui Dieu leur avait confié.

Tout cela est raconté dans la gloire officielle que publia à cette occasion saint Guillaume, archevêque de Bourges, et que l'on garde religieusement dans les archives de Fleury (2).

Le saint prélat ajoute que, « comme il est convenable et utile au salut des âmes que le très saint confesseur Benoît soit vénéré avec plus d'empressement pendant les fêtes de la Translation, il remet miséricordieusement sept jours de la pénitence canonique à tous ceux qui viendront visiter ces lieux et y prier dévotement, depuis la veille de la prochaine fête de la Translation célébrée en juillet jusqu'au lendemain de l'octave. »

De leur côté, Pierre, archevêque de Sens, et. les évêques de Paris, d'Orléans, d'Auxerre et de Nevers, rédigèrent; à peu près dans les mêmes termes, une attestation analogue (3)

 

(1) Gallia Christiana, VIII, 1560. - D. Mabillon, Act. PS. O.S.B. saec. II, De Translatione S. Benedicti, n°39.

(2) Archives de la paroisse de Saint-Benoît-sur-Loire.-De la Saussaye, Annal . Aurelian., IV, 4, p. 202-203.- Catena Floriac p. 52. - L'abbé Rocher; loc. cit., p. 308 : « Villemus, Dei gratia Bituricensis archiepiscopus Aquitaniae primas.... Cum sanctissimi Patris Benedicti corpus, in ecclesia Floriacensi, sicut ex Romanorum Pontificum scriptis, authenticis agnovimus, requiesceret, et ibidem humili loco esset ab antiquo repositum ; et quoniam indignum erat ut prope terram essent reliquiae ejus recondiae qui vivens terrena omnia contempserat, placuit viro religioso Guarino abbati et conventui Floriacensi, ut ei supra majus altare, prout decebat, loculum mirae venustatis et elegantiae praepararent : in quo Dominus Senonensis archepiscopus et nos cum plurimis episcopis, assistante maxima abbatum, cleri plebisque multitudine, cum magna celebritate, in festo Translationis dicti B. Benedicti, sanctorum ipsius corpus duximus reponeum... Actum anno Domini MCCVII. »

(3) De la Saussaye, loc. cit., Catena Floriacensis, p. l04. Petrus, Dei gratia Senonensis archiepiscopus, etc.... Verum cum pignora tanti Patris Religionis monasticae essent quasi in abscondito (dans le martyrium de la crypte) ut lumen praeberetur fidelibus a tanto luminari de toto humili qui datus ei erat ab antiquo reclinatorium, archiepiscopis, episcopis, abbatibus et aliis viris nominis magni adstantibus in theca super altare majus reposuimus, auro, gemmis et argento contexta, »

 

 

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Deux observations s'imposent à la suite de ce que nous venons de dire : d'abord, les moines de Fleury ont, depuis le VIIIe siècle, conservé avec un soin filial et jaloux le corps vénéré de leur Père saint Benoît, l'appréciant comme le plus précieux dépôt de leur riche trésor (1) Que dis-je ? ils ont construit pour lui seul cette magnifique confession, véritable reliquaire sculpté, qui est le centre et l'unique raison d'être de la vaste crypte si justement admirée aujourd'hui. De plus, ils n'ont pas craint, à diverses reprises, notamment en 1108 et en 1207, d'étaler au grand jour et de soumettre à l'examen des princes et des évêques ces ossements sacrés dont on leur contestait, ils ne l'ignoraient pas, la réelle possession.

Ces considérations frappaient déjà les abbés cisterciens réunis en chapitre général à Citeaux, en 1234. Aussi décrétèrent-ils que l'on célébrerait désormais dans tout l'Ordre comme une fête de première classe la Translation de saint Benoît : « Les Cassinésiens, disaient-ils dans leurs considérants (2), prétendent, il est; vrai, avoir le corps du saint patriarche; mais les moines de Fleury font mieux : ils le montrent à découvert à quiconque va les visiter. »

Après la visite officielle des reliques faites en 1207; il n'est pas étonnant que le pape Honorius III, le 2 mars 1218, ait appelé Fleury (3) un lieu qui inspire une religieuse terreur et la vénération à cause du respect dû à la présence du bienheureux confesseur Benoît,: instituteur de l'Ordre monastique. »

Clément IV, de son côté, par sa bulle du 2 août 1267 (4), en

 

(1) De Miracul. S. B., VIII, 21 : « Cum, post sanctissimum Patrem, in ipso (S. Mauro martyre) maxima spes illorum sita foret. »

(2) D. Bouquet, t. XXL, p. 614 : « Hoc anno (1234) in capitulo generali apud Cistericum recepta est translatio corporis Beati Benedicti inter prcecipuas solemnitates... Tamen Cassmenses se confitentur veraciter habere corpus beati Benedicti, cum illi e contrario de sancto Benedicto super Ligerim omnibus presentibus nude et aperte demonstrant. »

(3) Catena Floriacensis, p. 74 : « Cum terribilis et venerabilis locus vester, ob reverentiam praesentite confessoris Benedicti qui monastici Ordinis institutor existit. Datum Laterani, III Nonas Martii, Pontificatus nostri anno secundo.

(4) Le la Saussaye (loc. cit., p. 201) attribue cette bulle à Clément III, et Jaffé (Regesta, p. 879) a accepté cette attribution, ne prenant pas garde que le 2 août 1190 Clément III ne pouvait pas être à Viterbe: Clément IV, au contraire, a passé presque tout son pontificat dans cette ville, et notamment en août 1267 (D. Martène Thesaurus Anecdoct., n, 514.) : Clemens, etc. universis Christi fidelibus vere paenitentibus et confessis qui eamdeam ecclesiam in die Natali ejusdem sancti (Benedicti et Translationis ipsius annis singulis visitaverint reverenter... centum dies de injunctis sibi paenitentiis misericorditer relaxamus. Datura Viterbii, quarto Nonas Augusti pontificatus nostri anno tertio. »

 

 

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concédant 100 jours d'indulgence à ceux qui, pénitents et confessés, visiteront l'église de Fleury le jour du Natalis et celui de la Translation de saint Benoît, attestait implicitement et la légitimité de cette dernière fête et la réalité de la présence du corps de saint Benoît à Fleury.

En 1207 et en 1108, on distribua plusieurs ossements de saint Benoît aux églises et aux monastères de France. De là viennent sans doute ces nombreuses reliques du saint patriarche que l'on trouve indiquées dans les inventaires des trésors des reliques au xve et au zvie siècle, et dont plusieurs sont encore conservées.

Dans l'impossibilité d'énumérer toutes celles de France (1), indiquons seulement celles que l'on vénérait dans diverses églises de Cologne (2), de Trèves, d'Augsbourg, de Luxembourg, et de plusieurs villes de Belgique et d'Allemagne (3).

On comprend d'ailleurs facilement que là où l'on célébrait avec solennité la Translation du corps de saint Benoît en France, on fût désireux d'obtenir de Fleury quelques parcelles de ce précieux trésor. Or, nous l'avons vu, toute l'Allemagne, aussi bien que la Belgique, célébrait cette fête.

Il faut en dire autant de l'Espagne, où l'on se glorifiait de posséder plusieurs ossements de saint Benoît (4).

Pendant le XIVe siècle, les documents historiques nous signalent deux importantes donations de reliques extraites du dépôt de Fleury. L'une se fit par ordre du pape Urbain V, qui écrivit, le 7 janvier 1364, à l'abbé de Fleury,pour lui demander « le quart

 

 

(1) D. Mabillon, Act. SS. O. S. B. saec. II : De Translatione sancti Benedicti, n°43 « Ejus mandibulam monasterium S. Petri Carnutensis ; caenobium S. Theodorici prope Remos costam ostendunt. Pretermittimus alias Ecclesias quae minutas sancti Benedicti penes se haberi gloriantur. Cf. Bolland. Act. SS. t. III Martii. De S. Benedicto p. 355, n°19.,

(2) G. Gelenius, De admiranda Coloniae magnitudine, p. 310, 327, 372, 378, 426, 444, 457, 609. L' église de Notre-Dame in Capitolio possédait un os ; celle de Saint-Pantaléon un fragment de côte ; celle de Saint-Maurice une dent ; celle des Chartreux un os huméral ; celle de Saint-Quirinus une côte; celles de Saint-Martin Major, de Sainte-Catherine et de Sainte-Marie ad Gradus, des fragments ; celle de Saint-Martin, deux portions d'os reconnues authentiques en 1782. Bolland. Act. SS de S. Benedicto, n°10.

(3) Bolland. loc.cit.

(4) Dans l'église de l'abbaye de Saint-Dominique de Silos on vénère deux ossements de saint Benoît. Les Bollandistes (loc. cit. n° 9, reproduisent la légende du Bréviaire de la congrégation de Valladolid, d'après lequel le monastère principal de la Congrégation aurait reçu, par l'intermédiaire d'Henri III, roi de Castille et de Léon (1390-1406), un os de saint Benoît, et de Montpellier un autre ossement appelé femoris osse : ce qu'il faut entendre de la jambe en général et non pas du fémur dans le sens technique, puisque les deux fémurs font encore partie des membres conservés à Fleury.

 

 

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environ de la tête, un os du bras droit et plusieurs palmes du drap qui enveloppaient alors les saintes reliques (1).

En 1393, l'abbaye de Saint-Denis près Paris fut également enrichie de deux fragments de la tète et du bras (2).

Malgré tant de donations successives, la plus grande partie du corps du saint patriarche reposait encore dans sa chasse splendide,lorsque les protestants commencèrent leurs sacrilèges déprédations. L'abbaye de Fleury avait malheureusement alors, pour abbé commendataire l'indigne cardinal Odet de Châtillon, qui foulant aux pieds les serments les plus sacrés, devint l'un des plus ardents promoteurs de l'hérésie.

Or, le 1er mai 1562, il envoya à Fleury le sieur d'Avantigny, un de ses agents dévoués, avec la mission d'enlever du trésor de l'abbaye tous les vases d'or et d'argent, notamment les riches reliquaires, dons de la piété des fidèles et des princes. Afin d'assurer l'exécution de ses ordres, il écrivit au prieur claustral, D. Antoine Foubert, une lettre hypocrite, dans laquelle il lui disait (3 ): « Quant aux reliquaires et autres choses que vous aurez à serrer, pour ce qu'il vous en saura bien faire entendre mon intention, je m'en remettrai sur la créance que je lui ai baillée. »

Le sacrilège gentilhomme ne fut que trop fidèle à son mandat. Il fit jeter au feu les corps de saint Maur martyr, de saint Frogent, de saint Paul de Léon et de sainte Tenestine, dont les précieux reliquaires furent transportés à la Tour-Neuve d'Orléans, où le prince de Condé faisait battre monnaie (4).

La chasse de saint Benoît eut le même sort. Ses reliques allaient également devenir la proie des flammes, lorsque le prieur obtint par ses supplications de les conserver intactes. Laissant

 

(1) Catena Floriac., p.78.- D. Mabillon, Act. SS. O.S.B. sic. in. De Translat. S. de B., n° 40. - Bibliotheca Floriac., p. 218: « Cum itaque nos ad B. Benedictum confessorem praecipuam devotionem habeamus, discretionem vestram hortamur attente - quatenus quartam partem vel circa capitis, et unum os brachii dextri ejusdem sancti cujus corpus in vestro monasterio requiescere dicitur acuum vel saltem duos palmos sindonis in qua hujusmodi caput et brachium involuta fuisse noscuntur. "On a épilogué sur le mot dicitur requiescere. Mais Clément V n'aurait pas demandé avec autant d'instances des reliques douteuses à ses yeux.

(2) Bolland. loc. cit., n° 9.

13) L'abbé Rocher, loc. cit., p. 379.

(4) Bolland., loc. cit., p. 353.- Gallia Christiana, VIII, 1567.- L'abbé Rocher, loc. cit., p. 379. Il ne reste plus à Fleury que deux ossements de saint Maur martyr, échappés à l'incendie.

 

au ravisseur le métal de la grande capse, il put emporter et déposer secrètement dans un des appartements du palais abbatial le coffret en bois qui contenait les ossements sacrés du 'saint patriarche (1). Grâce à l'inviolabilité de cet asile, ils furent protégés contre le fanatisme des huguenots. Le 22 mai 1581, l'abbé commendataire Claude Sublet, après un procès-verbal canonique, les transféra dans un reliquaire de bois doré(2).

Parmi les nombreuses reliques laissées à son fils par le prétendant au trône du Portugal, D. Antoine, en 1594, on remarque deux ossements de saint Benoît, provenant de l'abbaye de Fleury, et une vertèbre de sainte Scholastique. extraite du trésor du Mans (3).

En 1599 et en 1608, reconnaissance canonique des reliques par Charles de la Saussaye, doyen du chapitre d'Orléans (4).

Les religieux de Fleury, heureux et fiers de leur dépôt, le gardaient avec un soin d'autant plus jaloux, que sa conservation leur paraissait plus exceptionnelle et. plus miraculeuse. En effet, de tous les corps saints dont s'honorait jadis l'Église de France, celui de saint Benoît avait seul échappé à la fureur des hérétiques. Aussi refusèrent-ils, en 1606, de s'en dépouiller, même en partie, en faveur d'une communauté de religieuses bénédictines, malgré les instances que leur fit à ce sujet le savant Gabriel de l'Aubépine, évêque d'Orléans.

Un peu plus tard néanmoins, ils se montrèrent plus faciles, et ils accordèrent des reliques à plusieurs monastères de l'Ordre de saint Benoît. Ainsi le 21 juin 1625, l'abbesse de Notre-Dame d'Almenesche, au diocèse de Séez, obtint; une vertèbre, à la condition de faire célébrer dans son monastère la fête de l'Illation. Le 17 octobre de la même année, un petit os fut accordé à Mme de Beauvilliers, abbesse de Montmartre (5).

Sur la demande de la reine-mère Marie de Médicis, le cardinal de Richelieu, abbé commendataire de Fleury, fit ouvrir la chasse le 7 octobre 1627, en présence du notaire royal et du bailli Philibert Le Ber,

 

(1 Bolland., loc. cit.

(2) Gallia Christ., VIII, 1568. Ce fut sans doute à l'occasion de cette translation, que le prieur François Rolle donna à l'un de ses amis, François Lebossu, un os du pied de saint Benoît, relique qui fut cédée en 1657 à l'abbaye de Saint-Denis (note communiquée par M. le professeur Cuissard).

(3) Bolland., Act. SS. t. 1 April., p. 74 et 888.

(4) Saussey, Annal. Aurel., p. 207.

(5) Note de M. Cuissard, d'après le ms. de D. Leroy, conservé à la bibliothèque publique d'Orléans.

 

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qui dressèrent l'un et l'autre procès-verbal, et le prieur en tira un os du bras de notable grandeur (1). Cette insigne relique fut portée et offerte à la reine (2), au nom de la Congrégation de Saint-Maur, par dom Bernard Jerandac, procureur de l'abbaye (3).

Cependant, les Bénédictins de la dite Congrégation, qui venaient de prendre possession de l'abbaye (22 juin 1627), gémissaient de voir les ossements de leur, saint patriarche renfermés dans un reliquaire si peu digne de lui.

La divine Providence leur permit bientôt de mettre un terme à cette situation.

Grâce à la générosité de Gaston d'Orléans (4), frère deLouis XIII, à la libéralité de plusieurs gentilhommes et bourgeois et aux dons offerts par soixante-quatorze monastères de France (5), deux chasses furent fabriquées à Blois, par l'un des plus habiles orfèvres du temps, nommé Poilly. La plus petite, en forme de chef, destinée à contenir le crâne et la mâchoire inférieure (6) de saint Benoît, était d'argent doré et ciselé. La plus grande, en argent massif plaqué d'or ciselé, avait trois pieds et demi en hauteur et en longueur, et plus d'un pied et demi en largeur. C'était un édicule orné de statuettes encastrées entre plusieurs colonnettes élégantes (7).

La cérémonie de la translation fut fixée au 2 et au 3 mai de l'année 1663, en la veille et au jour de l'Ascension (8). Elle eut

 

(1) Idem, ibidem.

(2) La reine la destinait au Val-de-Grâce de Paris. Il est probable que la portion du bras donnée à la reine est celle qui manque au radius, conservé aujourd'hui au grand séminaire d'Orléans.

(3) Le procès-verbal de cette présentation est du 12 janvier 1628.

(4) Il autorisa les religieux de Fleury à couper du bois pour 3,000 livres dans le tréfonds de Saint-Benoît, et il donna 3,000 livres de ses propres deniers.

(5) Le résultat de la souscription s'éleva à 6,000 livres environ, sans compter les offrandes de la noblesse.

(6) Les églises de Saint-Gislain en Belgique, de Saint-Sauveur de Cambrai et de Saint-Père de Chartres, se partageaient ou se disputait une mâchoire de saint Benoît, qui ne pouvait être que la partie antérieure de la mâchoire supérieure, la mâchoire inférieure et un fragment de la partie postérieure de la supérieure, subsistant encore aujourd'hui à Fleury,

(7) Mabillon, Act. SS. O. S. B., saec. II, loc. cit., n° 42 : « Thecam eximiam ex solido argento longam atque altam ternis pedibus et dimidio, uno minus latam, variis columnis solidisque imaginibus exornatam, affabre elaborari auroque obduci curaverunt, facta ad solemnes supplicationes argentea capitis effigie in qua cranium ncluditur..... Cranium sacrum una cum mandibula argenteo capiti inclusum. » La glande châsse était fermée à double clé, dont une était entre les mains du Supérieur général de la Congrégation, l'autre aux mains du prieur.

(8) C'est en souvenir de cette translation que, chaque année, le jour de l'Ascension, on continue de faire à Fleury une procession solennelle dans laquelle on porte les reliques de saint Benoît.

 

 

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lieu en présence du chapitre général de la Congrégation de Saint-Maur, réuni, cette année-là, dans, l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, et sous la présidence de Jean d'Estrades, ancien évêque de, Condom et abbé commendataire de Notre-Dame de Charlieu, qui, depuis quelques années, s'était retiré dans la solitude du cloître à Fleury.

Dans le procès-verbal dressé au nom de ce prélat, il est dit (1) qu'il remplissait cet office dé président de la cérémonie de la translation, à la prière du Révérend Père dom: Jean Harel, président du chapitre général de la Congrégation de Saint-Maur, et du consentement 'de Monseigneur Aphonse d'Elbène, évêque d'Orléans.

Le 2 mai, à deux heures du soir, on enleva les ossements sacrés du reliquaire et de l'enveloppe de soie où ils reposaient; on en retira le crâne et la mâchoire inférieure que l'on transféra dans la petite châsse d'argent doré (2) préalablement bénite par le susdit prélat, qui célébra ensuite pontificalement les premières vêpres de l'Ascension.

Le lendemain, à neuf heures du matin; en présenté des mêmes personnes, à savoir du président, des définiteurs et des autres Pères du chapitre général, des moines de l'abbaye et d'un grand nombre de prêtres et laïques des deux sexes, on enleva de nouveau de l'ancienne châsse, qu'on avait religieusement fermée et transportée dans le Jubé, tous les ossements qui restaient du corps de saint Benoît. On les fit voir et vénérer à toutes les personnes présentes; puis on mit dans un coffret en bois le suaire broché d'or contenant les saintes reliques, et l'on renferma le tout dans la magnifique châsse préparée à cet effet. Après quoi on porta le saint corps en procession à travers les rues de la, ville et les jardins du monastère. En tête du cortège s'avançaient dix curés du voisinage avec leurs clercs, leurs croix et leurs bannières ; tandis. qu'une foule innombrable l'escortait ou le suivait.

Au retour; de la procession Mgr d'Estrades célébra, pontificalement

 

(1) Cf. Mabillon, loc. cit. n° 42.: M. le chanoine Sejourné, secrétaire général de 1'évêché d'Orléans, a eu la bonté de nous envoyer une copie authentique de ce procès-verbal dont l'original est écrit sur une grande feuille in-folio en parchemin munie du sceau de Mgr d'Estrades et de sa signature, et couverte des nombreuses signatures des principaux témoins.

(2) Le crâne fut placé dans la partie supérieure du buste d'argent, et la mâchoire inférieure dans un vase d'argent, dont le couvercle est en cristal et que l'on déposa dans le socle en bois d'ébène du même reliquaire.

 

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une messe solennelle, et à deux heures du soir les secondes vêpres, précédées d'un sermon prêché par un des membres du chapitre général.

Le 6 mai, vers huit heures du matin, le même prélat transféra dans un nouveau reliquaire les quelques ossements des saints Maur, Frogent et Aigulphe martyrs, échappés à l'incendie lors de la combustion générale de leurs corps vénérés sous l'abbé apostat Odet de Châtillon.

Tel est, en substance, le procès-verbal canonique de l'ex-évêque de Condom, qui est encore conservé dans les archives de l'évêché d'Orléans et de la fabrique de Saint-Benoît-sur-Loire.

Malgré leur vif désir de conserver désormais intact leur précieux trésor (1), les religieux de Fleury ne purent répondre par un refus à toutes les sollicitations qui leur furent faites. Ainsi, en 1689, le grand-duc de Toscane obtint une vertèbre authentiquée solennellement par le notaire royal de la châtelleni

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