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St Paul et la date de la translation

Paul et la date de la Translation

PAUL DIACRE ET LA DATE DE LA TRANSLATION.

 

 

L'auteur anonyme (1), dont nous venons de faire ressortir l'importance et la véracité, fut sans aucun doute étranger au Mont-Cassin; mais son témoignage y a trouvé un écho qui a eu un juste retentissement. Nous voulons parler de Paul Winfrid, plus connu sous le nom de Paul Diacre. Il naquit entre les années 720 et 725, d'une noble famille lombarde. instruit dans les arts libéraux par un certain Flavianus, inconnu d'ailleurs, il fut

 

(1) Nous nous servons pour ces données biograpbiques de la récente édition des Scriptores rerum Langobardicarum, publiée par M. Waitz à Hanovre, en 1878, in-4°.

 

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introduit à la cour de Ratchis, roi des Lombards, par un de ses oncles, nommé Félix, qui y jouissait d'une grande considération (744-749). Lorsque le duc Didier se fut emparé de la couronne, Paul s'attacha à sa fortune (756); et probablement, dès l'année suivante, il suivit à Bénévent Adalperga, fille de Didier, dont le mari Arechis avait été créé duc de cette ville par le nouveau roi (757) (1). Du moins, dès l'année 763, nous le voyons chanter, en une pièce de vers, les louanges d'Adalperga et d'Arechis, dans les termes qui ne conviennent qu'à un serviteur dévoué (2). Peu de temps après, il composait pour la même princesse son Historia Miscella (3). Cependant, tout porte à croire qu'il avait déjà embrassé la vie monastique au Mont-Cassin, l'exemple de son ancien maître l'ayant sans doute entraîné dans cette voie (4).

Quoi qu'il en soit, il est du moins certain qu'il faut reléguer parmi les fables tout ce que les annalistes du Mont-Cassin ont écrit de lui au Xe et au XIe siècle depuis le chroniqueur de Salerne jusqu'à Léon d'Ostie (5). II n'a donc jamais été ni conseiller intime de Didier jusqu'à la chute de ce prince, en 774, ni menacé de mort, ni envoyé en exil par Charlemagne, ni échappé de prison et transfuge irrité à la cour d'Arechis, duc de Bénévent, ni forcé, par la mort de ce seigneur, à revêtir l'habit monastique, comme pour se soustraire à la vengeance du roi des Francs. Dès l'année 776, il avait acquis assez de célébrité et de considération dans le port tranquille de l'état religieux, en dehors des conflits qui s'agitaient au pied de la sainte montagne, pour oser demander à Charlemagne la grâce de son frère, condamné à partager l'exil de son roi détrôné (6).

Charlemagne, qui désirait ardemment se l'attacher (7), obtint de son abbé Theodemar qu'il vint en France. Il y était encore en 782 (8). On sait d'ailleurs qu'il y visita en pèlerin plusieurs

 

(1) D. Bouquet, V, 504.

(2) Waitz, Scriptores Langob., p. 13-14.

(3) Waitz, loc. cit., p. 14. Champollion, l'Ystoire de li Normant, et la Chronique de Robert Viscari, éditée par la Société de l'histoire de France, 1835, Prolégomènes, p. XXII-XXIV.

(4) Waitz, loc. cit., p. 14, 19°. Champolion, loc. cit., p. XXIV. Le titre de la lettre dédicatoire est ainsi conçu : « Epistola Pauli Diaconi monasterii sanct. Benedicti. »

(5) Id. ibid., p. 24.

(6) Id. ibid., p. 15.

(7) Id. ibid., p. 17-19.

(8) Id. ibid., p. 16, note 2.

 

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sanctuaires vénérés, notamment celui de Saint-Hilaire de Poitiers, Où il composa l'épitaphe du poète Venance Fortunat (1).

C'est également pendant son séjour en France, il nous le dit lui-même (2), qu'il écrivit les Gesta episcoporum Metensium et la vie de saint Grégoire le Grand (3).

Il était de retour au Mont-Cassin lorsqu'il composa son Homiliaire (4) et un recueil de sermons (5). Enfin, pendant les dernières années de sa vie (6), il travailla activement à un ouvrage qui lui assigne un rang distingué parmi les écrivains du moyenâge. Nous voulons parler de son Histoire des Lombards, qu'il laissa inachevée.

Encore que l'on ignore l'époque précise à laquelle il mit la main à cette oeuvre, il est néanmoins constant que ce ne fut qu'après son retour de France. Il l'atteste lui-même en plusieurs endroits de son Histoire (7). Rien, absolument rien n'indique qu'il ait ébauché cette oeuvre en France et qu'il l'ait ensuite achevée et corrigée en Italie, comme l'ont prétendu Angelo della Noce, D. Giustiniani et autres (8).. Cette assertion, inventée pour le besoin d'une opinion préconçue, est contredite par l'auteur lui-même.

 

(1) Id. ibid., p. 21.

(2) Paul Diac., Hist. Langob., VI, 16.

(3) Waitz, loc. cit., p. 21, not. 2.

(4) Id. ibid., p. 20.

(5) Id. ibid., p. 22.

(6) Id. ibid., p. 22 : Per ultimos vero vitae annos libro operam navavit qui inter rerum medii aevi scriptores insignem locum ipsi vindicat. Cum quondam de historia Romana continuanda cogitasset, nunc gentis suae gesta enarranda suscepit. Nec tamen quo tempore Historia Langobardorum incepta sit, vel quo anno mors ipsum ab opere imperfecto avocaverit constat.

(7) Paul Diac., Hist. Langob., I, 5; II, 13, etc. ; VI, 16, etc.

(8) Muratori lui-même (Script. Italici, t. I, part. I, p. 491) a été entraîné dans cette opinion, si bien réfutée par Mabillon (Act. SS. O. S. B. saec., II) et par l'étude attentive des monuments concernant la vie de Paul Diacre. Ils mettent en avant ces vers de l'épitaphe de Paul Diacre par l'abbé Hilderic :

 

Resplendens cunctas, superis ut Phaebus ab astris,

Arctoas rutilo decorasti lumine gentes.

 

Ils y ont vu une allusion à l'Histoire des Lombards ; et comme, dans les vers précédents, il est question de l'estime que le roi Ratchis avait pour Paul Diacre, il en ont conclu que celui-ci avait commencé cette histoire à la cour de ce prince avant qu'il se fît moine. La conclusion est-elle logique? Les paroles d'Hilderic contiennent-elles réellement une allusion à l'Histoire des Lombards? Ne peut-on pas être la gloire d'une nation sans en écrire l'histoire? Si Paul Diacre a commencé son Histoire des Lombards à Pavie, comment se fait-il que dès le premier livre (I, 26), aussi bien que dans le courant du dernier, les expressions dont il se sert, supposent évidemment qu'il écrivait au Mont-Cassin ? D'ailleurs, on ne voit pas pourquoi il eût été favorablement disposé à adopter les traditions françaises, s'il avait écrit à Pavie, sous le règne de Didier.

 

 

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Pour la composer Paul Diacre se servit de tous les documents historiques et traditionnels qu'il put recueillir dans ses voyages et au Mont-Cassin. Mais, à l'exemple de Grégoire de Tours, à qui il emprunte ce qu'il raconte des Francs, il a soin d'indiquer par le mot ferunt ou autres expressions analogues ce qu'il ne tient que de la tradition orale. Les anciens, une fois à l'abri de cette réserve qui couvrait leur responsabilité, enregistraient sans difficulté les traditions les moins autorisées. Mais, qu'on veuille bien le remarquer, il suit de là que, partout où cette réserve n'est pas exprimée, les faits qu'il rapporte n'appartiennent pas, à ses yeux du moins, à la catégorie des traditions populaires, mais bien à l'histoire proprement dite.

Toutes ces observations étaient nécessaires pour bien comprendre la haute portée du texte suivant (1) :

« Après un règne de seize ans, le duc Romuald fut enlevé de ce monde; son fils Grimoald gouverna ensuite les peuples du Samnium pendant trois ans. Grimoald étant mort, son frère Gisulfe fut revêtu de la dignité ducale et fut préposé au gouvernement de Bénévent pendant dix-sept ans. Il eut pour épouse Winiberte qui mit au monde Romoald. VERS CE TEMPS-LA, comme le Castrum du Cassin, où repose le corps de saint Benoît, n'était qu'une vaste solitude, depuis les longues années écoulées (depuis la destruction du monastère), des Français y vinrent (2) du pays du Mans ou d'Orléans. Ayant simulé des veilles prolongées auprès du

 

(1) Paul Diac., Hist. Lang., VI, 2 : « Romoaldus quoque, postquam sedecim Gisulfus, ejus germanus, ductor effectus est, praefuitque Benevento annis decem et septem. Huic sociata fuit Winiberta quae ei Romoaldum peperit. CIRCA HAEC TEMPORA, Cum in castro Cassini, ubi beatissimi Benedicti sacrum corpus requiescit, ab aliquantis jam elapsis annis vasta solitudo existeret, venientes de Cenomanicorum vel Aurelianensium regione Franci, dum apud venerabile corpus se pernoctare simulassent, ejusdem venerabilis Patris pariterque ejus germanae venerandae Scholasticae OSSA AUFERENTES, IN SUAM PATRIAM ASPORTARUNT : ubi singillatim duo monasteria in utrorumque honorem, hoc est beati Benedicti et sanctae Scholasticae, constructa sunt. Sed certum est, NOBIS os illud venerabile et omni nectare suavius et oculos semper caelestia contuentes, caetera quoque membra quamvis in cinerem defluxa, REMANSISSE. Solum etenim singulariter dominicum corpus non vidit corruptionem ; caeterorum omnium sanctorum corpora in aeternam postea gloriam reparanda corruptioni subjecta sunt,his exceptis quae ob divina miracula sine labe servantur. »

annos ducatum (Beneventanum) gessit, ab hac luce subtractus est : post quem ejus filius Grimoaldus tribus annis Samnitum populos rexit. Defunctoque Grimoaldo.

(2) Venientes. Remarquez cette expression, qui indique que l'écrivain habitait le lieu où se rendirent ces Français.

Remarquez la corrélation entre venientes de cette phrase et nobis de la phrase suivante. Ces deux expressions sont également d'un écrivain habitant le Mont-Cassin.

 

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vénérable corps, ils enlevèrent les ossements du susdit vénérable Père et de sa bienheureuse soeur Scholastique, ET LES EMPORTÈRENT DANS LEUR PATRIE, où l'on a bâti séparément deux monastères en l'honneur des deux saints Benoît et Scholastique. Il est néanmoins certain que cette bouche vénérable et plus suave que le plus doux nectar, ces yeux qui contemplaient sans cesse les choses célestes, et d'autres membres encore, NOUS SONT RESTÉS, bien que réduits en décomposition. Car seul le corps du Seigneur a été exempté (par sa propre vertu) de la corruption. Les corps de tous les autres saints, devant être un jour transformés dans l'éternelle gloire, ont été soumis à la corruption, à l'exception d'un petit nombre qui sont conservés intacts, en vertu d'un miracle de la puissance divine. »

Tel est le fameux passage qui a été l'objet de tant de commentaires de la part des deux opinions adversaires. Deux questions également intéressantes s'en dégagent : Quelle est la date approximative marquée au début : circa haec tempora ? Quel est le vrai sens du contexte relativement au fait principal? Etudions-les successivement.

La science chronologique est incontestablement très utile; mais il n'en est pas moins vrai qu'elle était inconnue avant le XVIe et même le XVIIe siècle, à plus forte raison au moyen-âge et dans l'antiquité. Outre qu'elle était considérée comme fort accessoire dans les récits historiques, elle présentait de graves difficultés résultant de la diversité et de l'insuffisance des signes chronologiques en usage chez les anciens. C'est ce qui rend encore si incertaine, malgré les progrès de la science moderne, la date précise de tant de faits importants et incontestables de l'antiquité et du moyen-âge.

En basant, malgré ses protestations contraires, un des principaux arguments de son Apologie, sur la diversité des opinions émises jusqu'ici, relativement à la date de la Translation de saint Benoît, D. Giustiniani a oublié une des règles de la critique historique. On doit se garder, dans l'étude impartiale des monuments, d'exiger des anciens ce qu'ils ne peuvent nous donner, et de contester les faits qu'ils nous ont transmis sous prétexte qu'ils ne sont pas datés, ou qu'ils le sont d'une manière approximative, imparfaite, inexacte et même fautive. Il appartient à l'érudition de rapprocher les données chronologiques imparfaites, [34]

d'élaguer les inexactes et de faire prévaloir celles qui sont plus conformes à l'ensemble des monuments.

Pour assigner au fait qui nops occupe une époque précise, la critique n'avait eu jusqu'ici à sa disposition que deux dates également approximatives : celle de Paul Diacre, dont on vient de lire le texte, et celle d'Adrevald, moine de Fleury, qui écrivait plus de soixante-dix ans après le célèbre Historien des Lombards.

On s'explique difficilement pourquoi D. Mabillon, le P. Le Cointe et les autres critiqués du XVIIe et du XVIIIe siècle ont unanimement, à l'exception du bollandiste Stilting, délaissé la date assignée par Paul Diacre pour s'attacher à celle d'Adrevald, qui ne méritait certainement pas la confiance sans bornes que l'on avait en lui. Cette préférence a jeté les savants dans un réseau de difficultés dont ils n'ont pu se dégager.

Mabillon notamment s'est vu entraîné dans une fluctuation d'opinion peu conforme à la précision habituelle de son génie. Enfin il s'arrêta à l'année 653 (1). C'était interpréter Adreveld d'une manière peu vraisemblable, et lui faire dire, ce qu'il n'a pas dit, que la translation avait eu lieu sous le règne de Clovis II. Cet auteur prétend, il est vrai, que le monastère de Fleury fut fondé sous le règne de ce prince, mais il ajoute presque aussitôt (2) : « Donc, dans la suite des temps, après un certain nombre d'années écoulées, le susdit Leodebodus (fondateur dit monastère) ayant quitté cette terre pour aller au ciel. Mummole, dont nous avons parlé, et qui aimait la lecture, tomba un jour sur le passage des Dialogues de saint Grégoire où ce grand Pape raconte comment saint Benoît consomma sa vie mortelle dans la province de Bénévent... En conséquence, il envoya dans cette, même province un de ses moines nommé Aigulfe. »

 

 

(1) Mabillon, Act. et SS. O. S. B. saec., II Translatio. S. Benedicti in Galliam, §§ IV, p. 335; Annal. bened. an. 653, lib. IV, n° 29. Sans qu'il l'eût remarqué, Mabillon s'est rencontré avec le faut Agastase, qui, lui aussi, a placé le fait de la translation non pas sous le règne de, Constantin Pogonat, mais sous celui de Constantin, dit Constant, de 641 à 658: (Brev. Chronic. Casin. apud Muratori, Script. Ital., t. II, part. T. II, p. 351-355.)

(2) Adrevald. Hist. Translationis S. Benedicti, n° 3, edit. Certain, p. 3-4 : « Igitur cum processu temporis, evoiventibus annis, supradictus Leodebodus corpore exemptus, sicut credimus, caelicas recessisset ad sedes, jamdictus Mummolus lectioni assidue studium dans, inter caetera reperit in libris beati viri Gregorii, Romani antistitis, quomodo sanctus ac Deo dilectus Benedictus agonis sui cursum in Beneventaga provincia consummaverit,... misit ad dictam, provinciam unum ex commilitonibus, nomme Aigulfum monachum. »

 

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La preuve que, dans la pensée d'Adrevald, la translation n'avait pas eu lien sous le règne de, Clovis II, c'est que, dans le premier livre des Miracles de saint Benoît, il la place sous le règne de l'empereur Constantin Pogonat (668-685), interprétant pour cela à sa façon le texte de Paul Diacre cité plus haut (1).

Le P. Le Cointe s'est approché plus prés de la vérité que Mabillon en assignant à la translation la date de l'an 673 (2). Assurément le savant oratorien a eu tort de prétendre (3) que cette note chronologique s'accordait avec celle de Paul Diacre. Il ne faisait qu'imiter Adrevald, qui, comme on vient de le voir, a interprété le premier texte de l'historien des Lombards dans un sens favorable à la date de 673. Ce qui a donné le change à Adrevald, c'est que Paul Diacre, après avoir raconté dans les trois premiers chapitres de son sixième livre les faits particulièrement relatifs à la province de Bénévent qu'il habitait, revient ensuite chronologiquement sur ses pas pour faire connaître les évènements qui intéressent l'histoire générale de l'Eglise et du royaume des Lombards. Cependant il avait donné lui-même la clef de cette transition, en commençant son chapitre quatrième par ces mots significatifs: Dum in Italia geruntur, etc. Le très perspicace bollandiste Stilting a parfaitement compris l'enchaînement des idées de Paul Diacre, et il a démontré que le chapitre IV ne contredisait pas le moins du monde la date approximative indiquée dans le chapitre II (4). Cette date est nécessairement comprise entre les années 690 et 707, pendant lesquelles le duc Gisulfe gouverna la province de Bénévent, puisque Paul Diacre ne place son circa haec tempora qu'après avoir énuméré les années du règne de ce prince. Cette observation n'a pas échappé au P. Stilting (5).

Or ce que le tact critique avait fait deviner au savant Bollandiste, est confirmé d'une manière aussi remarquable qu'inattendue par un chroniqueur contemporain, d'une autorité

 

 

(1) Adrevald., De miraculis S. Benedicti, I, II : « Circa haec tempora haud dubium quin Constantino imperante, cumin castro Cassini, ubi beatissimi Benedicti corpus requiescebat aliquantis,etc. » Mabillon regardait comme très probable l'identification d'Adalbert et d'Adrevald,dont nous parlerons plus loin. Il est donc étonnant qu'il ait donné la date de 653 à la translation.

(2) Le Cointe, Annal. eccles. Franc., t. III, an. 673, n° 42.

(3) Le Cointe, loc. cit., n° 52.

(4) Bolland., Act. SS., t. I, Sept.; p. 736. De S. Aigulpho. Nat. praeviae, n° 37.

(5) Bolland, loc. cit.. n° 36 : « Collocanda igitur est translatio, ex mente Pauli Diaconi, inter annos 690 et 707. »

 

 

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d'autant plus grande qu'il était placé en dehors du conflit. Il s'agit des Annales Laureshamenses, publiées de nos jours par Pertz dans le tome Ier de ses Monumenta Germaniae.

On connaissait depuis longtemps les Annales Laureshamenses. Citées avec honneur par Mabillon (1), on regrettait de n'en pas connaître le texte primitif, qui devait remonter plus haut que celui qu'avait publié Du Chesne. L'infatigable chercheur Ussermann découvrit ce trésor dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Blaise de la Forêt-Noire, dans le duché de Bade. Le manuscrit qui le contenait remontait, d'après ce savant, à la fin du VIIIe ou au début du IXe siècle. Le Dr Pertz, qui eut communication des notes d'Ussermann, s'empressa d'enrichir sa collection de ce précieux document. Or le premier évènement signalé dans ces Annales est précisément celui de la Translation du corps de saint Benoît en France.

« An 703, y lisons-nous, (2), translation du CORPS de saint Benoît du Mont-Cassin (en France). »

Voilà donc désormais déterminée et précisée par un contemporain cette date si longtemps restée incertaine et controversée, que le légendaire anonyme avait négligé de nous transmettre. Paul Diacre ne nous l'avait donnée qu'approximativement, il est vrai, mais son indication n'en est pas moins d'une exactitude parfaite. C'est bien sous le gouvernement du duc Gisulfe que le mémorable larcin s'est accompli au Mont-Cassin ; et le P. Stilting a la gloire d'avoir seul deviné juste parmi tous les critiques qui se sont occupés jusqu'ici de cette question.

Cette date de 703 est une véritable révélation historique. Elle vient en aide à la vraisemblance et à la possibilité du larcin des moines de Fleury, et elle jette un grand jour sur les causes qui ont amené la restauration du monastère du Cassin en 720.

En 703, Jean VI était assis depuis deux ans sur le trône de saint Pierre. Or, en 702 (3), le duc Gisulfe, on ne sait pourquoi,

 

 

(1) Mabillon, Annal. bened., lib. XXIV, an. 774, n°2

(2) Pertz, Monumenta Germaniae, t. I, p. 22 : « Anno DCCIII, translatio cor oris sancti Benedicti abbatis de monte Cassino. » Ussermann crut devoir mettre en marge de sa copie cette note corrective . « Translatio haec an. 663 facta est. Cf. Mabillon., Annal. bened., t. 1, p. 428. » Cette note prouve la bonne foi d'Ussermann.

(3) Baronius., Annal. eccles., an. 702, n° 2. Nous ne voypns pas pourquoi M. Waitz a vu une difficulté chronologique dans ce chapitre. Le précédent et le suivant combinés expliquent suffisamment la date approximative assignée par Paul Diacre. Pour notre thèse, du reste, cela importe assez peu.

 

 

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envahit tout à coup la Campagne romaine, s'empara de Sora, d'Arpino, d'Ara, et livra toute la Campagne à feu et à sang. Il revint à Bénévent chargé de butin, et le pape racheta à prix d'argent les nombreux captifs qu'il avait faits (1).

Quel est ce castrum Arcem dont Gisulfe s'est emparé vers l'an 702? N'est-ce point le Castrum Casini, qui, d'après Paul Diacre et le poète Marcus, portait ce même nom (2)?

Quoi qu'il en soit, ces effroyables ravages durent disperser les habitants qui avaient échappé aux barbares. Les moines de Fleury furent singuliérement favorisés dans leur entreprise, par suite de cette invasion récente. Le sanctuaire de saint Benoît, plus délaissé que jamais, facilitait providentiellement leur dessein. D'autre part, nous l'avons déjà rappelé, au commencement du VIIIe siècle, on était accoutumé à voir de nombreuses caravanes de pèlerins de France et d'Angleterre visiter les lieux vénérés par les fidèles. Leur arrivée et leur séjour au milieu des ruines du Cassin, leur interrogation discrète à l'un des paysans échappés aux dévastations de Gisulfe, ne purent donner lieu à aucun soupçon.

Il est d'ailleurs très probable que les hommes simples qui habitaient sur la montagne dix-sept ans après le larcin des Français, étaient venus s'y fixer depuis l'invasion de Gisulfe. Dans tous les cas, leur présence, qu'on veuille bien ne pas l'oublier, n'a pas empêché Paul Diacre de qualifier le Mont-Cassin de vaste solitude au moment de l'arrivée des moines de Fleury, et de dire que le monastère était resté inhabité jusqu'au jour où Pétronax en eut reconstruit une partie des bâtiments (3) et en

 

(1) Paul. Diac., Hist. Langob., VI, 27 : « Hac denique aetate, Gisuifus Beneventanorum ductor Suram Romanorum civitatem, Hirpinum atqueArcem, pari modo oppida cepit. Qui Gisulfus, tempore Johannis papae, cum omni sua virtute Campaniam venit, incendia et depraedationes faciens, multos captivorum cepit... Ad hunc pontifex missis sacerdotibus cum apostolicis donariis universos captivos de eorum manibus redemit, ipsumque ducem cum suo exercitu ad propria repedare fecit. »

(2) Paul Diacr., 1. 26: « Beatissimus Benedictus... postea in castro Cassini quod Arx appellatur.- Marcus, carmen de S.Benedicto, apud Patrol.lat., t. LXXX, 183 : « Hunc plebs stulta locum quondam vocitaverat Arcem... A la Bibliothèque Ambrosienne de Milan il existe un manuscrit du commencement du VIIIe siècle (B. 159), contenant les Dialogues de saint Grégoire. Au fol. 48, on lit : « Explicit liber primus. Incipit liber secundus de vita et miraculis venerabilis Benedicti conditoris vel abbatis monasterii quod appellatur ARCIS, provincae Campaniae. » Au fol. 912 on lit : « Explicit liber secundus de vita et miraculis venerabilis viri Benedicti Abbatis mosterio (sic) quod appellatur Arcis, provinciae Campaniae, Domino adjuvante. »

(3) Paul. Diac., Hist. Langob., VI, 40 : « Locus ille habitatione hominum destitutus. »

 

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eut réconcilié l'église, notamment celle de Saint-Martin (1) qu'il agrandit de seize coudées, sans doute parce qu'il en fit provisoirement le sanctuaire principal de la communauté.

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